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La création littéraire

13 juin 2009

Non classé

  • La création littéraire
    Au-delà du talent : l’obsession

Le moment de l’écriture, comme tous les moments de création, est une pure souffrance. Contrairement à ce que l’on pense, le début n’est pas toujours le plus difficile.

Les touristes en Egypte admirent les pyramides et s’émerveillent devant la grandeur des Pharaons qui ont mené un tel projet à bien ; mais on en trouverait rarement un qui s’émerveillera devant les efforts des bâtisseurs !

C’est presque le même cas quand on lit un bon roman : on pourrait saluer la verve de l’écrivain, admirer la souplesse de sa plume et la docilité de ses idées mais on ne devinera jamais que ce roman naquit d’une gestation aussi terrible qu’une torture à la manière des régimes politiques du monde arabe !

En fait, le moment de l’écriture, comme tous les moments de création, est une pure souffrance. Contrairement à ce que l’on pense, le début n’est pas toujours le plus difficile.

Il est vrai qu’il serait très pénible de mettre un peu d’ordre dans la première secousse qu’on appelle « le chaos créatif » mais le plus terrible, le plus éprouvant ne se montrera que par la suite, dans le cheminement du roman, dans la hantise d’y mettre un point final à temps, pas une seconde de plus ni de moins !

Quand on écrit un roman, on entame une aventure (ça n’a rien de métaphorique !). C’est une nouvelle vie, parallèle, qu’on fait tout pour ne pas rater.

On peut dire qu’un romancier, de ce fait, substitue à la réalité un monde fictif où il peut se charger de tout, sans avoir à se soumettre à une quelconque autorité (céleste ou terrestre).

On peut juger aussi que Woody Allen avait raison lorsqu’il affirmait que l’écriture pour lui n’était qu’une thérapie psychique. On peut citer des centaines de suppositions susceptibles de tirer au clair ce grand mystère qu’est la création littéraire.

Mais les choses, en réalité, sont plus compliquées que ça. Quand on lit un roman, on n’imagine jamais combien de fois l’écrivain a lu et relu, raturé et réécrit cette phrase qui se trouve sous nos yeux.

On ne peut éprouver cette sensation d’impasse lorsqu’il traverse cette fameuse phase de sécheresse où l’idée se fait désirer, où les mots s’engloutissent dans le silence et l’ambiguïté, où quand on se met devant ses feuilles, on se sent coupable et comme abandonné par les vocables.

Tout le temps que dure l’écriture d’un roman -le roman essentiel selon Kundera et non les produits commerciaux- est une période de remise en question où tout semble dénudé de sens, où l’écrivain est appelé à redonner à toute chose sa part de vérité, dévoiler sa part d’illusion, reconstituer la réalité de façon à refaire le monde, non dans le but de le rendre meilleur, mais seulement vrai, tant que possible.

Cette opération que l’on qualifierait d’utopique est l’essence même d’une création littéraire digne de ce nom. La difficulté de ce travail est l’une des qualités fondamentales de l’œuvre et ce sans égard à la réussite ou à l’échec de cette tentative. En littérature, le plus important est d’oser et non de réussir !

A cet aspect de remise en cause s’ajoute la tâche de créer une histoire, une intrigue, des personnages et un dénouement final.

Cette structure classique, bien qu’elle fût ébranlée par les nouveaux courants littéraires (Nouveau roman entre autres), demeure la plus fréquente. Cependant, pour donner au roman une touche novatrice, l’auteur est appelé à manier ladite structure selon ses propres perspectives et aller même jusqu’à l’utiliser sans en donner l’air ! Il est évident que l’histoire et les personnages sont les enfants de la verve de l’auteur.

Mais si l’on se soumettait à cette idée première, le roman se transformerait aussitôt en une scène où des marionnettes bien qu’étant d’apparences différentes sont maniées par une seule main et parlent d’une seule voix.

De ce fait, dans un roman « essentiel », on constaterait que les personnages se délivrent peu à peu du contrôle de l’auteur et finissent par prendre la bride de l’histoire jusqu’à sa fin.

Il n’y a là aucune sorcellerie mais de simples manifestations du moi pluriel de l’écrivain qui donne cette heureuse impression au lecteur d’assister à une véritable histoire où les protagonistes sont aussi différents qu’ils le seraient en réalité et en qui il pourra largement s’identifier.

Tous ces détails basiques sont pour faire un roman dans la norme. L’originalité est le coup de baguette personnel de l’écrivain. C’est là où il doit créer la part de délire, de création proprement dite, d’évasion et de liberté. Et c’est là où l’enfer commence !

Un écrivain doit aspirer à dépasser la norme pour inscrire son roman dans le livre d’or de la littérature universelle. Ecrire pour plaire, pour être copieusement vendu et lu, n’a pas son contexte ici. Car, rappelons-le, on parle du roman essentiel.

Donc, l’envie -devenue à ce stade-là obsessionnelle- de se délivrer de la normalité, de créer un vaste espace d’existence et d’expression pour ses personnages, est la qualité primordiale qui fait l’authenticité d’une œuvre. Cependant, il faut avoir cette capacité extraordinaire de créer une certaine cohérence entre la liberté et l’ordre. C’est-à-dire, transporter le chaos intérieur fidèlement mais dans un cadre homogène, abordable par les lecteurs, lisible !

L’essentiel est que ça ne relève pas d’une crainte d’incompréhension de la part du public ou des critiques mais simplement d’une manifestation du talent.

Car, comme l’a dit Paulo Coelho : « Je peux écrire dix romans compliqués par semaine. Rien de plus difficile que la simplicité ! » ; façon de dire que le génie de l’écrivain se déploie lorsqu’il exprime des idées complexes par des mots simples…

Le souci de faire un travail original, authentique et fidèle à son auteur mêlé à la hantise de la mauvaise interprétation ou de l’échec total de cette « communion » font que la création littéraire dépasse de loin le simple talent pour atteindre le niveau de l’obsession.

L’écrivain est un perfectionniste. Son incapacité à changer le monde « réellement » le renvoie à son monde parallèle où il devient Dieu. Mais pour que ce Dieu soit digne de son nom, son œuvre doit y correspondre non seulement par la structure mais par le contenu et la contenance.

Un lecteur, bouffeur de livres, nous exprime cette idée admirablement : « Lorsque j’ai lu ‘‘Ainsi parlait Zarathoustra’’ de Nietzsche, je me refusai à croire que c’est un être humain comme moi qui l’ait écrit ! Il n’y a qu’un Dieu pour pouvoir écrire une œuvre pareille ! »

 

Sarah Haidar

http://www.depechedekabylie.com/popread.php?id=36463&ed=1446

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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