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La mort dans la littérature

12 juin 2009

Non classé

  • La mort dans la littérature
    Une obsession indispensable

Elle est constamment présente, cette reine au visage voilé par les ombres et couronné par le mystère. Elle est toujours là à guetter le lecteur, entre les mots, dans les pointillés du silence, dans le non-dit littéraire, à chaque interligne, à chaque souffle qui ponctue le halètement des vocables. Elle est là, impériale et souveraine, magistralement installée sur son trône de velours, entourée de ses gardiens fidèles: le mystère, le mythe et le miroitement des ombres et des questions.

Tantôt sereine et douce sa présence dans le texte ressemble plus à une tendre mère attendant patiemment le retour de ses enfants de l’exil et tantôt représentée comme une faucheuse faisant le guet au bout du chemin, fantôme macabre dont le regard choisit, impassible, ses victimes et dont la main, une moissonneuse sans pitié, récolte les âmes et les corps pour les jeter dans le noir et le froid absolus. Mais qu’elle soit belle ou laide, clémente ou impitoyable, adorée ou redoutée, la mort est le seul élément « immortel » (si l’on ose dire) dont les écrivains puisent sans retenue depuis que l’écriture existe et qui ne s’est jamais avéré stérile ou trop usé par le temps. C’est un élément que nul courant littéraire n’osa bannir ou ignorer. La mort est gorgée de vie dans le corpus littéraire universel. Car, tandis que l’homme tâche de l’oublier dans sa vie quotidienne et y réussit souvent, l’écrivain, lui, s’en souvient toujours et il en parle.

Il en fait sa muse, son obsession, son éternel personnage principal, son phare et son large horizon, sa bien aimée qu’il s’arrange toujours pour introduire dans ses textes, sous diverses formes, sous plusieurs sobriquets, avec tous les ornements et les bijoux susceptibles de faire reluire sa présence, de la mettre en valeur, de l’élever au-dessus de tout autre élément littéraire, de l’idolâtrer ou la maudire, la chérir ou la bannir, l’espérer ou la redouter… 

Tyrannique et sublime, elle nourrit l’écrivain et lui octroie le droit à la connaissance. La mort adore les artistes; elle s’ouvre à eux comme à un confident et leur offre quelques fragments de ses secrets, quelques murmures de son silence, quelques miettes de son trésor.

Elle prend ses aises dans le texte littéraire, se laisse aller à toutes les fantaisies linguistiques et satisfait, sans pour cela abandonner sa réserve ou céder sa part de mystère, toutes les folles espérances de l’auteur qui n’attend d’elle que ce fascinant jeu de lumière entre la parole assoiffée et le silence impénétrable, ce leitmotive entre la chimère de la connaissance et l’oasis insondable du mystère.

La mort est donc pour la littérature ce qu’elle est pour la vie: une obsession indispensable!

Qui ne se souvient pas de ces majestueux poèmes de Baudelaire où il étale sa vision de la mort avec des mots qui s’en vont déjà explorer le monde souterrain, avec des vers prenant déjà plaisir à être rongés par les vers de terre, avec une divine fusion entre le poète vivant et l’homme mort, entre le poète mort en sursis et l’homme qui vivra dans l’éternité que lui offrira la mort…

« Dans une terre grasse et pleine d’escargots,

Je veux creuser moi-même une fosse profonde,

Où je puisse à loisir étaler mes vieux os,

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux.

Plutôt que d’implorer une larme du monde,

Vivant, j’aimerai mieux inviter les corbeaux

A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

ش vers! Noirs compagnons sans oreilles et sans yeux,

Voyez venir à vous un mort libre et joyeux.

Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,

Et dites-moi s’il est encore quelque torture

Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts! »

 

Faut-il être poète pour se plier avec un tel masochisme devant la mort, cette imminence toquant à sa porte pour une visite de fortune, pour une nuit d’amour ou pour un fabuleux voyage au pays des lumières. Qui d’autre que lui peut dire, confiant et certain, que « le tombeau toujours comprendra le poète »?

C’est, en effet, dans cette phrase que réside tout le secret de cette relation ambiguë et merveilleusement brumeuse entre l’écrivain et la mort. Le tombeau comprendra-t-il vraiment le poète? Baudelaire en semble certain mais aucun poète n’en est revenu pour l’affirmer ou le démentai. Ce qui reste donc, pour accréditer cette belle vision de la mort, c’est simplement l’imagination qui ne peut s’empêcher de décrire la mort comme la fin d’une vie insignifiante (en dépit de toutes ses gloires) et c’est ainsi qu’elle devient rédemption, bonheur suprême et ultime paix…

Hormis Baudelaire, moult écrivains, si ce n’est tous, ont approché plus ou moins étroitement cette belle reine mystérieuse. Kafka, Céline, Artaud, Michaux, Fernando Pessoa, Ernesto Sabato,  Dostoïevski…Et la liste reste longue, longue et inachevée. La liste de ceux qui en parlent a cela en commun avec celle de ses « élus » (ou victimes): elle est interminable!

La mort fut aussi chantée par des auteurs-compositeurs tels que Brel, Ferré et Brassens pour ne citer que ceux-là… Ecoutons un peu, c’est toujours bon de voir cette fatalité à travers les yeux de ceux qui n’y trouvent rien d’aussi tragique, d’aussi… mortel !

Brel ne s’y prend pas avec des gants!  Il dit la mort crûment, sauvagement, brandissant brutalement sa laideur et révélant sereinement sa splendeur. Ainsi, nous dessine-t-il les traits de son dernier repas comme un cinéaste trace la fin d’un film: « Dans ma pipe, je brûlerai mes souvenirs d’enfance, mes rêves inachevés, mes restes d’espérance. Et je ne garderai, pour habiller mon âme, que l’idée d’un rosier et qu’un prénom de femme ».

En voilà une mort qui ne suscite chez le poète ni l’effroi ni le besoin de se ravitailler pour affronter le Bon Dieu! Une âme qui ne se couvrira que d’un rosier virtuel et d’un prénom de femme!

Ferré, quant à lui, lâche la bride à son imagination pour parer la mort de tous ses ornements lumineux et lui donner visage d’ange: « La mort… Des yeux d’océan, une voix de gemmule, un sourire d’enfant sur des lèvres carmin.

Douce, elle apaisera sur sa poitrine mûre mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin. »… Quand un poète ne voit dans l’ici-bas que les monstruosités d’une vie terrestre qui ne ressemble en rien à la vie, la vraie, ne lui reste que la mort pour en faire la terre promise des artistes incompris, des vivants négligés par la vie…

Brassens, tel qu’en lui-même, épice la question avec son fameux grain d’humour et décide, en ce qui le concerne, de présenter son point de vue dans un sublime testament chanté (Supplique pour être enterré sur une plage de Sète): « La camarde qui ne m’a jamais pardonné d’avoir semé les fleurs dans les trous de son nez me poursuit d’un zèle imbécile. Alors cerné de près par les enterrements, j’ai cru bon de remettre un jour mon testament, de me payer un codicille. Note ce qu’il faudrait qu’il advint de mon corps, lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord que sur un seul point: la rupture.

Que vers le sol natal mon corps soit ramené, dans un sleeping du Paris Méditerranée, terminus en gare de Sète (….) Pauvres Rois Pharaons, pauvre Napoléon, pauvres grands disparus gisant au Panthéon, pauvres cendres de conséquence; vous envierez un peu l’éternel estivant, qui fait du pédalo sur la vague en rêvant, qui passe sa mort en vacances! »… Belle approche de la mort: l’ultime repos du guerrier, la cave aux délices naissants du seul fait de mourir qui est, ici, synonyme de Liberté!

Ces quelques exemples qui ne traduisent certainement pas tous ce phénomène extraordinaire nommé: la mort dans la littérature, peuvent néanmoins nous donner un bref aperçu sur la place, ou plutôt le trône, que tient cette Tzarine au creux des livres, au fond des encriers, au bout des plumes… Elle plane, survole, viole ou manipule les écrivains et poètes de diverses manières, sous différentes bannières, dans toutes les langues, par toutes les croyances. Elle vit à l’intérieur du texte littéraire comme elle vit en nous-mêmes, autour de nous, au bout du chemin, à la fin de la fable, au dessus des forteresses et des tours: terrible point noir qui met fin à la vie comme un écrivain achève son roman: toujours provisoirement!

 

Sarah Haidar  

http://www.depechedekabylie.com/popread.php?id=44322&ed=1588

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “La mort dans la littérature”

  1. sauna tours Dit :

    Coucou à tous !
    Félicitation pour le blog et vos articles.
    C’est un réel bonheur de venir vous lire presques tous les jours.
    Longue vie au blog :-)

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