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 »Angst » de Hélène Hixous

12 juin 2009

Non classé

  •  »Angst » de Hélène Hixous
    Un texte pour vivre la mort

La mort, dans la littérature, est souvent abordée comme étant une fin d’une histoire. On la vit certes à travers un état d’attente que l’on transmet le plus philosophiquement possible ; mais peu d’écrivains ont pu l’écrire comme on écrit la vie, l’amour ou l’échec.

Hélène Hixous fait partie des rares qui sont arrivés à transcender le rideau de brouillard et de fer qui nous sépare de cette reine mystérieuse. Angst est la preuve vivant que, grâce à son surplus d’imagination et d’angoisse authentique, on pourrait avec les vocables et le voyage spirituel, briser la muraille nous séparant d’elle, et surtout de nous en train de la vivre, de l’éprouver et de la sentir…

Dans ce roman, qui n’a rien d’un roman Balzacien, ni d’un roman tout court, il nous sera loisible d’entrevoir les premières flammes de cette autodafé sans merci qui happera notre corps pour le seul but de tenir notre âme en éveil, en un éternel et insupportable éveil ! La mort est, selon Hixous, le début d’une autre histoire qui, elle, sera continue, ininterrompue, éternelle. La vie n’était donc qu’un prologue dans lequel chacun de nous essayait d’écrire le plus grand nombre de mots, de poèmes ou de blasphèmes !

A l’épilogue, en revanche, nous n’avons nullement le droit de contribuer car l’outil essentiel pour le faire nous a été ôté : notre présence physique avec laquelle on pouvait jusque là écrire, crier et vivre. Une exigence littéraire, allez savoir laquelle, avait décidé de mettre un point final à notre histoire, peut être parce que tout ce qui aurait suivi ne serait qu’une rumination, une répétition déguisée, une vulgaire imitation de la vie. Après ce point final, c’est à l’étrange inconnue de rédiger la deuxième partie de l’histoire. Celle où l’on n’est qu’un simple protagoniste dépendant du nouveau narrateur : la mort.

Hélène est ce témoin « très concerné » qui se contente de nous relater ce qu’il voit avec une langue chaotique, délirante et torturée. Les mots s’entrechoquent dans un texte éthéré qui, dans une bataille sans merci, puise son charme et sa magie d’un état authentiquement vécu, d’une vérité trop poignante pour la laisser périr dans le silence. C’est cette envie brûlante de faire découvrir cette monstrueuse et belle vérité aux lecteurs, non dans le but de les effrayer ou d’enflammer leur curiosité mais seulement pour qu’ils aient en moins une idée sur cette ultime traversée. Une traversée à bord d’un navire de douleurs et de flammes, au bout de laquelle l’on accostera dans un port désert, ravagé par des raz-de-marée noirâtres, ayant en revanche toujours de la place pour les nouveaux arrivages ! La sirène du départ siffle lorsque le corps commence à signaler sa fatigue, son mal d’être et son irréfutable envie de dormir. Le voyage commence donc avec les premières brumes de l’agonie. Cela ressemble aux moments de gestation qu’éprouve l’écrivain avant d’entamer son roman. Ensuite, les idées déferlent, le texte commence à prendre forme, et place au nouveau narrateur ! Le corps dort. Il faudrait donc que quelqu’un prenne la relève. Là, l’âme prend sur ses frêles épaules la lourde charge de vivre cette mort, de subir le texte de l’épilogue, d’en assumer l’ardente intensité et l’impitoyable pesanteur. Cela ressemblerait peut être à un fervent lecteur des « Arlequins » qui décide un jour de découvrir Proust ! On pourrait imaginer son désarroi, ses migraines et sa fatigue en lisant cet amas de complexités, ce tissage d’idées presque inhumaines et ce souffle incroyable grâce auquel Proust nous fait plonger dans l’enfer de la vie. C’est exactement la même chose avec la mort : on joue dans un texte qui écrase par sa lourdeur et sa densité toutes nos forces et toutes nos capacités créatrices…

Lire Angst est tout aussi insupportable ! Rien qu’en suivant le cheminement de l’aventure mortuaire de l’écrivain, on éprouve déjà cette terreur, on sent cette ombre qui nous poursuit, on redoute cette pénombre qui nous englobera, on entend ce silence chargé de cris et de gémissements qui nous attend. On observe la vie s’engloutir dans la non-vie, on suit le cheminement de la chute finale et l’on s’écroule, déjà conscients que l’on n’est plus, que l’on vient d’échouer dans les abysses et que les objets matériels et notre capacité sensorielle de les palper ne sont devenus que de simples souvenirs… On se sent mourir en lisant le texte !

Hélène Hixous, quant à elle, résiste à cette chute finale par une main, une lettre, un amour. Une personne l’accompagne par son absence dans ce périple douloureux vers la fin. C’est, sans doute, symbolique : résister à la mort par l’amour, mourir en s’accrochant toujours à la vie qui palpite dans le corps de l’aimé, mourir en refusant de croire que l’amour ne pourra nous empêcher de glisser dans le noir, mourir en espérant obstinément la survie. L’amour, dans cet épilogue, fait office d’anti-thèse !

Angst  est un mot allemand qui veut dire « terreur ». En arrivant au bout de cette aventure qu’est la lecture de ce texte, on décidera que Angst, c’est peu dire !

 

Sarah Haidar

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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