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Le verbe du désert

11 juin 2009

Non classé

Patrimoine immatériel. Une poésie meconnue

Le verbe du désert

Aux confins ouest du Sahara algérien, lapoésie hassani brave le temps avec des règles de style d’une incroyable originalité. S’il y a un genre poétique propre aux régions sahariennes, notamment celles du sud-ouest où sont localisées les tribus des R’guibet et des Djakanas, c’est bien le Hassani, considéré à juste titre comme la poésie du désert.

Très en vogue parmi les populations de Tindouf, elle fait partie intégrante des traditions culturelles et artistiques des habitants de cette région au passé intellectuel très riche comme on trouve la trace et les preuves dans les 800 manuscrits et autres écrits historiques contenus dans la bibliothèque des Ahl Sidi Belaâmech, saint patron de la ville, et celle des Ahl Abd.Dans ces manuscrits, on trouve de nombreuses études et écrits sur ce fabuleux patrimoine poétique, jusque-là très peu connu et qui n’a jamais attiré l’intérêt des chercheurs pour sa valorisation et promotion en tant que patrimoine culturel national, malgré quelques rencontres initiées localement par les responsables du secteur de la culture et les amoureux de ce genre poétique à Tindouf. Il s’agit pourtant d’une belle pièce du patrimoine immatériel algérien. Selon Mohamed Rahal, universitaire et animateur d’émissions sur les cultures populaires à la radio de Tindouf, la poésie hassani est totalement différente des autres genres poétiques du pays.

Sa différence spécifique réside dans le fait qu’elle contient des métriques poétiques mesurées par l’articulation des voyelles qui diffèrent les unes des autres dans la manière de faire les constituants syntactiques Nasbb (placement du nom à l’accusatif ou d’un verbe au subjonctif Ghafd (placement du mot au génitif, par exemple Raf’a (la prononciation d’un mot final par « u ») et soukoun (une consonne médiane sans voyelle). Certaines de ces métriques sont devenues obsolètes, souligne-t-il. Selon lui, la poésie hassani se définit comme suit : « Elle constitue un type de conversation pris sur la langue commune et dans le langage local. Elle est régie par certaines règles qui sont similaires aux cinq règles de la charia (loi islamique) notamment l’obligatoire, le recommandé, le permissible, le répréhensible et le prohibé. » Par moments, la poésie est pour le poète hassani une forme de prose qui lui sert de sujet. Il la façonne puis tisse sa toile de mots pour la perfectionner.

Dans un autre endroit, il en ferait un corps complet, n’admettant aucune addition ni diminution et qui occupe sa place parmi toutes les autres créations avec sa beauté et sa laideur, ses courts et longs textes, etc. Comme toute forme de poésie, la poésie hassani a son importance spécifique, qu’elle soit créée en dialecte hassani ou en arabe classique. Malgré le fait que les poètes soient fiers de dépasser les confins de la poésie standard, la poésie hassani est remplie de termes communément utilisés en arabe standard, ou avec des phrases significatives, en plus d’emprunts lexicologiques d’autres langues, des sourates coraniques, des dits prophétiques (hadiths), ainsi que de la poésie arabe de toutes les époques, explique t-il.

Plusieurs poètes et artistes locaux, notamment Mohamed Salah, Khadija Bousbii, Mohamed Lamine et Lebouz Abdallah et les troupes Nahda, El Badr et Naïlia ont excellé dans la rédaction de la poésie hassani. Il existe par ailleurs des chanteurs apprentis poètes qui ne font qu’apprendre les poèmes d’autrui. Les spécificités de la poésie populaire hassani sont parfaitement codifiées et obéissent à des règles établies. Ainsi, on relève comme admissible un genre de poésie complétée en rimes et qui n’admet aucune addition ou diminution, ni d’implication ou de caractère intransitif, ni d’assonance ou extraction, nunnation ou circonlocution propre ou inverse. Parmi les éléments cités comme répréhensibles, on retient : le Zai (l’emphase étant mise sur « z »), en plus de l’utilisation de mots étrangers au dialecte hassani, surtout ceux venant de l’arabe standard car les poètes considèrent cela comme signe de faiblesse de la part de l’auteur. Un tel mélange entre le dialecte hassani et l’arabe standard n’est pas forcément apprécié.

Il y a aussi ce qui est tabou, c’est-à-dire interdit dans la poésie hassani Adla’a, ce qui veut dire qu’il y a des parties du poème qui sont incompatibles en termes lexicologiques appelés Taflouit. Cela signifie qu’elles sont, soit superflues, soit inexistantes et que l’utilisation excessive ou la pénurie de mots peut amener à la confusion et la perte de signification. On appelle cela La’war ou Al’ur. Ce qui relève de l’ordre du Devoir concerne ce qui est communément connu dans la poésie hassani comme respect du rythme et le Kalf (ou ligne poétique), Attal’a (le poème lui-même) ou Assabba (un poème précis) devant respecter les règles du système de rimes. Aucun Watr (existence de vers irréguliers) n’est acceptable. On recommande que le Attal’a (poème) doit avoir un Kaaf (une ligne de poésie) étroitement liée en termes de signification et de structure que ce soit au début du poème où il doit servir d’explicatif ou à la fin du poème où il sert à souligner la signification.

De plus, il est à noter qu’il est préférable que la composition de la poésie hassani soit en dialecte locale et non pas en arabe standard, le dialecte local étant la mesure véritablement esthétique de ce genre de poésie. La métrique et le rythme de la poésie hassani ont connu deux phases importantes. En premier lieu, une phase antérieure à l’usage de la musique. A ce stade, la poésie était considérée comme type de prose distinguée. Les lignes poétiques n’étaient pas mesurées l’une contre l’autre et il n’y avait pas de place pour Attal’a (le poème lui-même) et si elle existait elle ne devait avoir qu’une, deux, trois voire quatre formes de rime. En plus, la métrique régissant une ligne spécifique concernait surtout les voyelles, c’est-à-dire, si celle-ci était courte ou longue sans tenir en compte les lettres de l’alphabet. La poésie hassani est restée fixée sur cet aspect pendant longtemps. Par la suite, une nouvelle phase a commencée durant laquelle la poésie a atteint un plus haut niveau de maturité. Les poètes ont commencé à limiter le rythme aux consonnes correspondantes à l’harmonie de l’ensemble.

Une autre caractéristique a vu le jour. Elle a consisté en une plus grande importance de l’équivalence des lignes et la mesure de celles-ci avec la plus grande égalité possible, toute addition ou diminution étant totalement exclue. De cette manière, le système de rimes s’est stabilisé et puis est apparu ce qui est connu sous le nom de Alhumr et de Al’qrab, qui sont restés le fondement de la métrique poétique ou le système de rimes dans la poésie hassani. En deuxième lieu, l’émergence de la musique a représenté une nouvelle avancée pour le développement de la poésie hassani vers une phase plus sophistiquée puisque les poètes étaient obligés d’accompagner leurs paroles par un rythme musical. Cela signifiait que tout poème n’étant pas accompagné d’un rythme musical devenait tout simplement inacceptable. Par conséquent, la musique commençait à forger la métrique poétique dans la poésie hassani selon la métrique de la poésie arabe.

Plus particulièrement, l’idée a émergé que chaque phrase avait son rythme et sa musicalité spécifique et même sa propre poésie qui ne pouvaient pas être utilisées dans d’autres circonstances. Attal’a était rajouté à la structure globale d’un poème sans mentionner le fait que les consonnes pouvaient augmenter jusqu’à huit unités. Il faut noter ici que la poésie existante dans les phrases précédentes restait reconnaissable. Ses différentes métriques étaient organisées en une seule métrique connue sous le nom de métrique gobelet. Il y avait également un certain nombre de schèmes métriques (Arrasm, Almassaar’i, Al’asir, Ashtan, Azmoul, Atrous et Alwakidi). Cependant, le développement de la poésie populaire tendait a réduire le nombre de schémas métriques et à préserver uniquement ceux qui nous sont plus familiers aujourd’hui.

Parmi ces schémas, six peuvent être évoqués ici. Ba’amrane : le son ’k’ dans la poésie Ba’amrane est structuré autour de sept sons de consonne évoluant d’un état dynamique à un état statique. Merimida : il s’agit d’une métrique liée étroitement à la manière dont la versification Ba’amrane est construite et sa structuration se fait autour de sept sons de consonnes. Néanmoins, elle diffère dans la manière dont les consonnes sont rassemblées car elle commence par deux groupes de consonnes suivis d’une consonne et parfois seulement par une seule et même consonne. Assaghir (le petit) : sa caractéristique principale est qu’elle n’est pas mesurée par la première partie seulement mais a besoin d’être considérée à partir des deux premiers points puisqu’elle est construite autour de sept sons de consonnes dans la première partie, cinq dans la deuxième, et ne se termine jamais par une consonne modale. Elle est caractérisée également par le fait que pour chaque ensemble de consonnes, une consonne médiane paraît être nécessaire, en plus du fait que le troisième son doit être médiane également.

Lbir : elle se fait en gros selon les mêmes prémisses que l’albtit malgré le fait qu’elle démontre un son de consonne de moindre effet. La poésie qui suit le motif métrique de l’lbtit inclut sept consonnes et est caractérisée au moins dans sa première partie par ce qui est connu en poésie hassani comme Lehrache. La deuxième partie, cependant, est amoindrie par opposition à la première, ce qui constitue une autre caractéristique qui la distingue de l’lbtit. Dans certaines circonstances spécifiques, elle peut se transformer en ce qui est communément connue comme Btatrateq ou Mimaiat Lbir. Enfin, Lbtit, qui est de deux sortes différentes, ce qui est connu sous le nom de Lbtit incomplet et s’écrit avec sept consommes et le Lbtit complet qui a huit sons de consonne. En général, l’lbtit complet est considéré comme étant plus sûr comparé aux motifs métriques de la poésie hassani, en raison de l’inclusion d’un grand nombre de consonnes. La raison de la division en deux parties, une complète et l’autre incomplète, est justifiée par la musicalité poétique la traite comme étant essentiellement musicale. Il y a deux appellations pour la même métrique A’adal et Biqi. L’extraordinaire complexité et originalité de la poésie hassani montre que le patrimoine de la littérature orale, loin d’être superficiel et inconstant, est doté de règles aussi, sinon plus sophistiquées que la littérature écrite. Ce pan encore méconnu de notre patrimoine culturel immatériel mérite un travail de collecte, de recherche, de conservation et de promotion.

Par Tarek Billal

Edition du 11 juin 2009 El watan

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “Le verbe du désert”

  1. Rachid Dit :

    Tres bonne recherche,l’auteur est connu pour ses ecrits sur le patrimoine populaire du Maghreb,bon courage M.TAREK BILLAL

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