Histoires vraies
Retour en arrière (3e partie et fin)
Résumé de la 2e partie : Le colonel Delmas a réussi avec succès sa première expérience d’hypnotisme avec Madeline. Renouvellera-t-il son expérimentation avec d’autres sujets ?
L’assistance convaincue applaudit. Et il faut bien dire que, par la suite, Madeline Daremont parviendra de nouveau à accepter et même à caresser les chats qui croiseront sa route.
Les expériences du colonel Delmas l’amènent un jour à se poser une question intéressante :
Je parviens à faire régresser la plupart des sujets jusqu’à leurs premières sensations. Celles qui suivent presque immédiatement la naissance… Le processus est toujours le même : accompagnement et la persuasion. Et si j’essayais de remonter plus avant encore dans le temps ? Pourrait-on obtenir des «souvenirs» du fœtus dans le ventre de sa mère ?
— Mon cher Delmas, je me demande comment le fœtus pourrait exprimer ses sensations intra-utérines. Le langage risque d’être plus que sommaire…
Mais Delmas est un expérimentateur-né. Lors d’une séance particulièrement spectaculaire, il pousse le sujet endormi à remonter au-delà des souvenirs des premiers jours :
— Vous remontez le temps, Jérémie. Vous allez au-delà de la naissance. Où êtes-vous ?
Au grand étonnement des assistants, Jérémie Longueval, le sujet endormi, change soudain de voix. Il se met à parler comme un vieillard et dit :
— Je suis très malade ! Je vais mourir ! Je suis seuI, dans la neige ! J’ai froid !
— Où êtes-vous, Jérémie ?
— Je suis en Russie, avec l’Empereur. Nous essayons de rentrer en France.
Quelqu’un comprend :
— Un grognard ! Jérémie est devenu un grognard de l’Empire. Pendant la retraite de Russie ! C’est fantastique.
— Jérémie, comment vous appelez-vous ?
— Simon Dieulafoi ! Je suis caporaI. J’ai été blessé d’un coup de sabre. Je vais mourir.
La séance laisse les spectateurs en larmes. Jérémie-Simon a donné des détails particulièrement impressionnants sur son agonie là-bas dans les neiges lointaines. Il a décrit les corbeaux qui attendent sa mort pour le dépecer… Jérémie serait-il la réincarnation d’un grognard ?
Quelqu’un propose :
— On pourrait retrouver sa trace dans les archives de l’armée. Ça ne devrait pas être trop difficile ! On retrouvera effectivement la trace du grognard Dieulafoi, disparu dans les neiges russes. Après avoir longuement essayé les retours vers d’anciennes incarnations, Delmas a une toute nouvelle idée :
— Et si, au lieu de remonter vers le passé, on essayait d’aller vers l’avenir ?
— Pour connaître nos futures réincarnations ? Mon cher Delmas, vous êtes d’une audace ! Cela touche à la nature même de l’existence de Dieu. L’église catholique n’appréciera guère !
Mais rien n’arrête le colonel Delmas. Un autre soir, en 1913, il interviewe un autre candidat endormi.
— Vous êtes en 1915, Samuel, que faites-vous ?
— Je suis à la guerre !
La réponse glace d’effroi : la guerre, si proche ? C’est donc vrai !
A présent, vous êtes en 1918, Samuel, que faites-vous ?
Samuel répond :
— Qui êtes-vous ? Je ne vous connais pas !
— Je suis le colonel Delmas !
Le colonel Delmas ! Impossible : il est mort depuis deux ans.
Le colonel Delmas blêmit : il a compris. Il sera effectivement tué à Verdun en février 1916, trois ans presque jour pour jour après cette séance d’hypnose.
D’après Pierre Bellemare

































9 juin 2009
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