Les perles des arbres du paradis
Déjà ils atteignaient le pied du premier arbre. Ils s’arrêtèrent à bout de souffle. Calme étrange. Pas d’aboiements de Tigre-Noir. Pas d’appels rauques du vieux gardien. Pas de jaccassements des habitués des lieux qui venaient tous les ans s’y rassasier. Les enfants se regardèrent un instant, intrigués par le silence total qui régnait dans le verger.
- Qu’attendons-nous alors ? dit enfin Ming-Ming en balayant l’air du bras comme s’il avait chassé une mouche importune, on ne va quand même pas rentrer le ventre vide, non ?
Il tira vers lui une branche chargée de fruits, cueillit un litchi, l’éplucha, le jeta en l’air pour le rattrapper la bouche grand ouverte comme un acrobate.
D’un coup les enfants retrouvèrent leur insouciance. Pas de gardien ni son chien, tant mieux ! Pas d’autres visiteurs, tant mieux ! Le paradis souriait à eux seuls.
Excités par l’idée d’une expédition de chapardage, les enfants s’attaquèrent aux fruits avec l’impatience et l’avidité d’un tigre affamé. Des morceaux de peau dentelée tombaient en une averse pourpre, montrant à l’intérieur de gros bijoux blancs, humides, à peine translucides, qui palpitaient dans la paume comme de la chair vivante. Ces litchis-là, seulement ceux-là, lorsque les dents les attaquent, croquent et fondent en même temps, et livrent dès la première bouchée la quintessence de leur goût. Fraîches, fluides, subtilement parfumées, délicatement sucrées, voluptueusement tendres, ô perles immenses des arbres du paradis.
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26 mai 2009
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