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L’Or (1925)

22 mai 2009

1.Extraits

Blaise Cendrars : L’Or (1925)

 [Le héros de L’Or, Johan August Suter, est parti pour l’Amérique dans la première moitié du XIX° siècle pour y faire fortune. D’abord fermier dans le Missouri, il s’intéresse beaucoup à ce que racontent les gens de passage qu’il accueille dans son domaine.]

  Un jour, il a une illumination. Tous, tous les voyageurs qui ont défilé chez lui, les menteurs, les bavards, les vantards, les hâbleurs, et même les plus taciturnes, tous ont employé un mot immense qui donne toute sa grandeur à leurs récits. Ceux qui en disent trop comme ceux qui n’en disent pas assez, les fanfarons, les peureux, les chasseurs, les outlaws, les trafiquants, les colons, les trappeurs, tous, tous, tous parlent de l’Ouest, ne parlent en somme que de l’Ouest.
L’Ouest.
Mot mystérieux.
Voici la notion qu’il en a.
De la vallée du Mississipi jusqu’au-delà des montagnes géantes, bien loin, bien loin, bien avant dans l’ouest, s’étendent des territoires immenses, des terres fertiles à l’infini. La prairie. La patrie des innombrables tribus peaux rouges et des grands troupeaux de bisons qui vont et viennent comme le flux de la mer.
Mais après, mais derrière ?
Il y a des récits d’Indiens qui parlent d’un pays enchanté, de villes d’or, de femmes qui n’ont qu’un sein. Même les trappeurs qui descendent du nord avec leur chargement de fourrures ont entendu parler sous leur haute latitude de ces pays merveilleux de l’Ouest, où, disent-ils, les fruits sont d’or et d’argent.
L’Ouest ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi y a-t-il tant d’hommes qui s’y rendent et qui n’en reviennent jamais ? Ils sont tués par les Peaux Rouges ; mais celui qui passe outre ? Il meurt de soif ; mais celui qui franchit le col ? Où est-il ? Qu’a-t-il vu ? Pourquoi y a-t-il tant parmi ceux qui passent chez moi qui piquent directement au nord et qui, à peine dans la solitude, obliquent brusquement à l’ouest ?

© Grasset

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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3 Réponses à “L’Or (1925)”

  1. Webmaster Dit :

    Introduction :
    présentation du texte
    problématique
    annonce du plan
    signe diacritique
    Blaise Cendrars publie L’Or en 1925. Il s’agit d’un roman dans lequel le narrateur évoque la mythique ruée vers l’or en racontant l’histoire de Johan Suter. Le passage se situe au moment où, fermier paisible du Missouri, Suter est intrigué par ce que les gens de passage lui racontent de l’Ouest.
    Ce texte se présente comme un monologue intérieur dans lequel le personnage exprime une curiosité avide. Peut-on y voir les formes classiques du roman d’aventure ?
    Nous nous attacherons à préciser d’abord les formes que prend la rêverie de Suter avant d’analyser comment le texte met en œuvre une représentation mythologique de l’Ouest.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  2. Webmaster Dit :

    1° partie : propos

    Idée directrice 1 :la syntaxe

    les termes et expressions à citer peuvent l’être entre parenthèses ou commander certains verbes
    Idée directrice 2 :l’organisation du texte
    Idée directrice 3 :le vocabulaire

    La rêverie du personnage suit une progression notable, que soulignent la syntaxe, l’organisation du texte et le vocabulaire.
    Sur le plan syntaxique, on est d’abord frappé par la masse des interrogations. Particulièrement denses dans le dernier paragraphe, comme si la curiosité du personnage devenait insoutenable, ces questions demeurent sans vraie réponse. La seule réponse est aussi l’une des rares interventions du narrateur et elle reste liée à une interprétation subjective : « voici la notion qu’il en a ». Nous comprenons ainsi que nous nous situons à l’intérieur d’un discours indirect libre qui permet d’en rester au point de vue du personnage, de ne pas excéder son niveau de connaissances et donc de permettre au texte de communiquer toutes les attentes ou toutes les énigmes. Le passage du « il » au « je » à la fin du texte (« ceux qui passent chez moi ») confirme bien la nature de ce discours, mais déjà dans le début du texte certaines formes typiques du débat intérieur le laissaient apercevoir : ainsi les énumérations du premier paragraphe soulignées par l’acharnement du « tous, tous, tous », mais aussi les questions de plus en plus pressantes du dernier, où Suter recule de plus en plus sa rêverie vers la question à laquelle il ne pourra pas répondre.
    En outre, le texte est tout entier régi par une tension qui consiste à alterner paragraphes courts et longs. Cela consiste, pour les premiers, à laisser au mot tout son poids de mystère (« l’Ouest ») ou à poser une question essentielle dont la réponse est différée (« Qu’est-ce que l’Ouest ? », « Mais après, mais derrière ? »). Le procédé ménage les attentes et dramatise le texte. Dans les plus longs paragraphes, la phrase, au contraire, s’enfle d’énumérations comme pour témoigner de la tension du personnage et de son envie de résoudre une énigme. Le premier paragraphe est ainsi composé d’une galerie de personnages typiques dont l’inventaire confirme pour le héros l’universalité de la ruée vers l’or ; le dernier fait s’accumuler en cascade les questions vers les plus lointains confins géographiques, jusqu’où la raison ne pourra plus répondre.
    Cette progression de l’imaginaire est enfin rendue sensible par la nature du vocabulaire. Celui-ci subit en effet un glissement de la réalité à l’imaginaire : dans le premier paragraphe, les termes désignent des familiers de Suter, « les outlaws, les trafiquants, les colons, les trappeurs ». Au fur et à mesure que la rêverie du héros se focalise sur le mystère de l’Ouest, ils sont remplacés par « les tribus de peaux rouges », « les femmes qui n’ont qu’un sein ». Cette mythification est aussi sensible sur le plan géographique : d’abord localisée « de la vallée du Mississipi jusqu’au-delà des montagnes géantes », la curiosité de Suter gagne « la prairie », dont une phrase nominale dit l’immensité, puis les « villes d’or », ces « pays merveilleux » où « les fruits sont d’or et d’argent ».
    Le texte évoque donc un fourmillement de représentations qui doivent plus à l’imagination qu’ au réel, et il est animé de ce mythe de l’Ouest qui est un des grands souffles qui ont soulevé l’inconscient collectif de l’homme moderne.

    *

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  3. Webmaster Dit :

    La conclusion du commentaire
    elle reste l’occasion de dresser le bilan de votre lecture. Sa difficulté tient néanmoins à l’ouverture nécessaire, qui doit vous permettre d’établir quelques rapprochements
    bilan ouverture
    Le texte de Cendrars est donc nourri de tout un imaginaire et sa narration a su, par le point de vue choisi et une syntaxe heurtée, nous y faire entrer. Nul doute qu’ après être animé d’une telle inquiétude, le héros partira à son tour et trouvera l’or convoité. Mais s’agit-il bien d’or ? La rêverie en elle-même n’a-t-elle pas sa propre fin et l’essentiel n’est-il pas de fertiliser sa vie par le rêve ? On songe à l’évocation par Jacques Brel de ce chercheur d’or revenu de son rêve, car « l’ennui, c’est qu’il en a trouvé ». On pense aussi à l’élan vers l’Ouest américain confié par Jules Laforgue dans Albums : « Oh ! là-bas m’y scalper de mon cerveau d’Europe ! ». Authentique ou non dans ses formes comme dans ses valeurs, le Far West est, en tout cas, l’un des mythes les plus prégnants de notre époque.

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