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Extrait :La Vie de Galilée

22 mai 2009

1.Extraits

Bertolt BRECHT, La Vie de Galilée (1955). [5 mars 1616. Un décret de l’Inquisition condamne, « pour hérésie », l’héliocentrismeExtrait :La Vie de Galilée  dans 1.Extraits asterde Copernic et « invite » l’astronome Galileo Galilei à renoncer à poursuivre ses recherches.]

LE PETIT MOINE. – Monsieur Galilée, je n’en dormais plus depuis trois nuits. Je ne savais comment concilier le décret que j’ai lu et les satellites de Jupiter que j’ai vus. J’ai décidé de dire la messe ce matin tôt, et puis de venir chez vous.
GALILÉE.– Pour me faire savoir que Jupiter n’a pas de satellites ?
LE PETIT MOINE.– Non. J’ai réussi à pénétrer la sagesse de ce décret. Il m’a révélé quels dangers recèle pour l’humanité une recherche sans entraves, et j’ai résolu d’abandonner l’astronomie. Pourtant, il m’importe encore de vous soumettre les mobiles qui peuvent pousser même un astronome à renoncer au développement de certaines théories.
GALILÉE.– Ces mobiles me sont connus, je crois.
LE PETIT MOINE.– Je comprends votre amertume. Vous songez à certains moyens de pression extraordinaires de l’Église.
GALILÉE.– Nommez-les sans crainte : instruments de torture.
LE PETIT MOINE.– Mais je voudrais avancer d’autres raisons. Permettez que je parle de moi. J’ai grandi en Campanie, je suis fils de paysans. Ce sont des gens simples. Ils savent tout de l’olivier, mais pour le reste, bien peu de choses. Alors que j’observe les phases de Vénus, je me représente mes parents assis avec ma sœur autour du feu, mangeant leur plat de fromage. Je vois au-dessus d’eux les poutres noircies par la fumée de plusieurs siècles, et je vois parfaitement leurs vieilles mains usées par le travail et la cuiller dans leurs mains. Tout ne va pas bien pour eux et pourtant, un certain ordre gît, caché, dans leur misère même. [...] La force de traîner, ruisselants de sueur, leurs paniers en haut du chemin pierreux, la force de mettre au monde des enfants, oui, de manger même, ils la puisent dans le sentiment de permanence et de nécessité que leur procurent le spectacle de la terre, la vue des arbres qui verdissent à nouveau chaque année, et celle de leur petite église où l’on écoute le dimanche les textes bibliques. On leur a assuré que l’œil de la divinité est posé sur eux, scrutateur, oui, presque angoissé, que tout le théâtre du monde est construit autour d’eux afin qu’eux, les agissants, puissent faire leurs preuves dans leurs rôles grands ou petits. Que diraient les miens s’ils apprenaient de moi qu’ils se trouvent sur un petit amas de pierres qui, tournant à l’infini dans l’espace vide, se meut autour d’un autre astre, petit amas parmi beaucoup d’autres, passablement insignifiant de surcroît. A quoi serait encore utile ou bonne alors, une telle patience, une telle acceptation de leur misère ? A quoi serait bonne encore l’Écriture Sainte qui a tout expliqué et tout justifié comme étant nécessaire, la sueur, la patience, la faim, la soumission et en qui maintenant on trouve tant d’erreurs ? Non, je vois leurs regards s’emplir de crainte, je les vois poser leurs cuillers sur la pierre du foyer, je vois comme ils se sentent trahis et trompés. Il n’y a donc aucun œil posé sur nous, disent-ils. C’est à nous d’avoir l’œil sur nous, incultes, vieux et usés comme nous le sommes ? Personne ne nous a pourvus d’un autre rôle que celui-ci, terrestre, pitoyable, sur un astre minuscule, dans la dépendance de tout, autour duquel rien ne tourne ? Il n’y a aucun sens à notre misère, la faim, c’est bien ne-pas-avoir-mangé, ce n’est pas une mise à l’épreuve ; l’effort, c’est bien se courber et tirer, pas un mérite. Comprenez-vous alors que je lise dans le décret de la Sainte Congrégation une noble compassion maternelle, une grande bonté d’âme ?
GALILÉE.– Bonté d’âme ! Sans doute voulez-vous simplement dire qu’il n’y a plus rien à manger, que le vin est bu, que leurs lèvres se dessèchent, et qu’ils n’ont plus qu’à baiser la soutane ! Mais pourquoi n’y a-t-il jamais rien ? Pourquoi l’ordre dans ce pays est-il seulement l’ordre d’une huche vide, et la seule nécessité, celle de travailler jusqu’à en mourir ? Entre des vignobles chargés de fruits, au bord des champs de blé ! Vos paysans de Campanie payent les guerres que le vicaire du doux Jésus mène en Espagne et en Allemagne. Pourquoi met-il la terre au centre de l’univers ? Pour que le Saint-Siège puisse être au centre de la terre ! C’est de cela qu’il s’agit. Vous avez raison, il ne s’agit pas des planètes mais des paysans de Campanie. Et ne me parlez pas de la beauté des phénomènes que l’âge a magnifiés ! [...] Les vertus ne sont pas liées à la misère, mon cher. Si vos gens étaient prospères et heureux, ils pourraient développer les vertus de la prospérité et du bonheur. Pour l’heure, ces vertus de gens épuisés proviennent de terres épuisées et je les refuse. Mes nouvelles pompes à eau peuvent faire plus de miracles que votre ridicule harassement surhumain.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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