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Entrer dans l’univers d’un texte :

22 mai 2009

1.LECTURE

Exercice 1 : entrer dans l’univers d’un texte :

  Le texte littéraire peut se présenter à vous comme une unité close sur elle-même, voire comme une forteresse inexpugnable. Il est en effet régi par des lois qui n’appartiennent qu’à lui : son vocabulaire, sa syntaxe, son réseau d’images constituent un tout dont on peut désespérer de trouver les clefs. Cette impression n’est pas toujours fausse,  mais s’il s’agit de forteresse, on peut dire qu’elle est traversée de « courants d’air » : ce sont ses référents, le langage qu’elle emploie, d’abord, qui est aussi le vôtre, mais aussi ses ancrages dans un réel qui peut vous être plus ou moins connu. Ce sont enfin ses parentés d’inspiration, cet air de famille que vous aideront à reconnaître vos autres lectures. De tout cela, il s’agit de tirer parti dans une première approche sereine et personnelle.

Essayons sur le texte suivant :

J.M.G. Le Clézio, « Ville vivante »
Le livre des fuites, 1969.

  Une première lecture vous donne une série d’impressions. N’hésitez pas à les formuler par écrit, mais pensez déjà à les assortir de points d’appui qui sont les expressions ou les procédés du texte. Ceci vous permettra d’éliminer les impressions trop subjectives et de valider les autres. Vous pouvez vous aider d’un tableau comme celui-ci :

impression subjective repères objectifs
1 – une ville agressive des perceptions désagréables (bruits, odeurs)

Continuez cet exercice en vous efforçant de trouver les procédés qui pourraient valider les approches suivantes :

2 – un univers inquiétant
3 - une atmosphère étrange, fantastique
4 - un univers mécanique, en proie à une activité intense
5 – une ville inhumaine
6 – le trolleybus a l’air d’un animal
7 – des gestes immuables et répétitifs
8 - une masse humaine anonyme et indifférenciée.

  Mettez maintenant en relation ces différentes pistes autour d’une problématique d’ensemble : ce pourrait être par exemple le regard particulier que porte l’auteur sur la ville moderne. On pourrait ainsi apercevoir deux axes de lecture : un univers mécanique et déshumanisé (3 – 4 – 5 – 7) – une atmosphère fantastique (1 – 2 – 6 – 8).

Entrer dans l'univers d'un texte : dans 1.LECTURE pict2   Ne construisez jamais vos axes autour des « thèmes » du texte : vous risqueriez alors d’en faire une simple description qu’on appelle la paraphrase. Appuyez-vous au contraire sur vos remarques de forme et sachez, grâce aux bilans intermédiaires de votre lecture analytique, en faire une synthèse capable de mettre en valeur l’intérêt du texte.

 

Voici un texte du même auteur, dont l’inspiration est nettement similaire. Essayez de valider les mêmes approches en vous appuyant, bien sûr, sur les procédés particuliers qu’il nous offre.

  Au bord du fleuve sec, il y a la cité des HLM. C’est une véritable cité en elle-même, avec des dizaines d’immeubles, grandes falaises de béton gris debout sur les esplanades de goudron, dans tout le paysage de collines de pierres, de routes, de ponts, avec le lit de galets poussiéreux du fleuve, et l’usine de crémation qui laisse flotter son nuage âcre et lourd au-dessus de la vallée. Ici, on est loin de la mer, loin de la ville, loin de la liberté, loin de l’air même, à cause de la fumée de l’usine de crémation, et loin des hommes, parce que c’est une cité qui ressemble à une ville désertée. Peut-être qu’il n’y a personne en vérité, personne dans ces grands immeubles gris aux milliers de fenêtres rectangulaires, personne dans ces cages d’escalier, dans ces ascenseurs, et personne encore dans ces grands parkings où sont arrêtées les autos ? Peut-être que ces fenêtres et ces portes sont murées, aveuglées, et que plus personne ne peut sortir de ces murs, de ces appartements, de ces caves ? Mais ceux qui vont et viennent entre les grandes murailles grises, hommes, femmes, enfants, chiens parfois, ne sont-ils pas comme des fantômes sans ombre, insaisissables, introuvables, aux yeux vides, perdus dans l’espace sans chaleur, et ils ne peuvent jamais se rencontrer, jamais se trouver, comme s’ils n’avaient pas de vrai nom.
De temps en temps passe une ombre, fuyante entre les murs blancs. On voit le ciel parfois, malgré la brume, malgré l’épais nuage qui descend de la cheminée de l’usine de crémation, à l’ouest. On voit des avions aussi, un instant échappés des nuées, traçant derrière leurs ailes étincelantes de longs filaments cotonneux.
Mais il n’y a pas d’oiseaux par ici, ni de mouches, ni de sauterelles. Parfois il y a une coccinelle égarée sur les grands parkings de ciment. Elle marche sur le sol, puis elle essaie d’échapper, volant lourdement vers les bacs à fleurs pleins de terre craquelée, où il y a un géranium brûlé.

J.M.G. Le Clézio, Ariane (in La Ronde et autres faits divers, 1982).

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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