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L’hermétisme.

21 mai 2009

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 L’hermétisme.

  Proche d’un certain Romantisme, le Symbolisme s’en éloigne en tout cas par sa volonté de s’élever au-dessus des masses. Convaincu que le poème se mérite et exige donc du lecteur une activité de déchiffrement, il manifeste en outre un rejet définitif des mots d’ordre qui mobilisent les foules.  Ces choix se révèlent clairement dans le culte du mot rare, de la syntaxe disloquée, et plus généralement dans l’intellectualisme de l’inspiration, tous aspects contre lesquels réagira le Surréalisme.

Paul Valéry (1871-1945)
Je disais à Stéphane Mallarmé… (1936)

[Profondément influencé par Mallarmé, Valéry entreprend ici de justifier le caractère énigmatique de sa poésie. La critique littéraire s’est montrée selon lui particulièrement incompétente, puisque, «sous les noms offensifs de préciosité, de stérilité, d’obscurité, (elle) n’a fait que représenter comme elle le pouvait les effets d’une lutte intérieure sublime sur des esprits très médiocres et malveillants par essence ».]

Mallarmé a sans doute tenté de conserver ces beautés de la matière littéraire, tout en relevant son art vers la construction. Plus il avance dans ses réflexions, plus s’accusent, dans ce qu’il produit, la présence et le ferme dessein de la pensée abstraite.
Davantage : – offrir aux gens ces énigmes de cristal; introduire, dans l’art de plaire ou de toucher par le langage, de telles compositions de gênes et de grâces donnait à concevoir chez celui qui l’osait une force, une foi, un ascétisme, un mépris du sentiment général, sans exemple dans les Lettres, qui en ravalaient toutes les œuvres moins superbes et toutes les intentions moins rigoureusement pures, – c’est-à-dire, presque tout.
L’action de cette poésie toute voulue et réfléchie, aussi élaborée que la condition absolue d’être chantante peut le permettre, était prodigieuse sur le petit nombre.
Le petit nombre ne hait pas d’être petit nombre. Le grand nombre se réjouit d’être grand : ceux-ci se trouvent bien d’être indistinctement du même avis, de se sentir semblables, rassurés l’un par l’autre; confirmés, augmentés dans leur « vérité », comme des corps vivants qui se resserrent, se font chaud l’un à l’autre, par ce rapport étroit de leurs tiédeurs égales.
Mais le petit nombre est fait de personnes suffisamment divisées. Elles abhorrent la similitude, qui semble leur ôter toute raison d’être. A quoi bon ce Moi-même (songent-elles sans le savoir), s’il en peut exister une infinité d’exemplaires ?
Elles désirent d’être comme les Essences ou les Idées, dont chacune nécessairement n’a point de seconde. Elles entendent, du moins, remplir dans un certain monde qu’elles se forgent une place que nulle autre ne puisse tenir.
L’œuvre de Mallarmé, exigeant de chacun une interprétation assez personnelle, n’appelait, n’attachait à soi que des intelligences séparées, conquises une à une, et de celles qui fuient vivement l’unanimité.
Tout ce qui plaît à la plupart était expurgé de cette œuvre. Point d’éloquence; point de récits; point de maximes, ou profondes; point de recours direct aux passions communes; nul abandon aux formes familières; rien de ce « trop humain » qui avilit tant de poèmes; une façon de dire toujours inattendue; une parole jamais entraînée aux redites et au délire vain du lyrisme naturel, pure de toutes les locutions de moindre effort; perpétuellement soumise à la condition musicale, et d’ailleurs aux lois de convention dont l’objet est de contrarier régulièrement toute chute vers la prose, – voilà une quantité de caractères négatifs par quoi de tels ouvrages nous rendaient peu à peu trop sensibles aux expédients connus, aux défaillances, aux niaiseries, à l’enflure qui abondent, hélas, dans tous les poètes, – car n’étant pas d’entreprise plus téméraire, ni peut-être de plus insensée que la leur, ils y entrent comme des dieux et achèvent en pauvres hommes.
Que voulons-nous, – si ce n’est de produire l’impression puissante, et pendant quelque temps continue, qu’il existe entre la forme sensible d’un discours et sa valeur d’échange en idées, je ne sais quelle union mystique, quelle harmonie, grâce auxquelles nous participons d’un tout autre monde que le monde où les paroles et les actes se répondent ? [...]
Peu à peu dans le Poète, le Langage et le Moi en viennent à se correspondre tout autrement qu’ils ne font dans les autres hommes. [...] Le langage donné acquis dès notre enfance, étant d’origine statistique et commune, est généralement peu propre à exprimer les états d’une pensée éloignée de la pratique : il ne se prête guère à des fins plus profondes ou plus précises que celles qui déterminent les actes de la vie ordinaire. De là naissent les langages techniques, – et parmi eux, la langue littéraire. On voit dans toutes les littératures apparaître, plus ou moins tard, une langue mandarine, parfois très éloignée de la langue usuelle; mais, en général, cette langue littéraire est déduite de l’autre, dont elle tire les mots, les figures, les tours les plus propices aux effets que recherche l’artiste en belles-lettres. Il arrive aussi que des écrivains se fassent un langage singulier. Un poète use à la fois de la langue vulgaire, – qui ne satisfait qu’à la condition de compréhension et qui est donc purement transitive, – et du langage qui s’oppose à celui-ci, – comme s’oppose un jardin soigneusement peuplé d’espèces bien choisies à la campagne tout inculte où toute plante vient, et d’où l’homme prélève ce qu’il y trouve de plus beau pour le remettre et le choyer dans une terre exquise. Peut-être pourrait-on caractériser un poète par la proportion qu’on y trouve de ces deux langages : l’un, naturel; l’autre, purifié et spécialement cultivé pour l’usage somptuaire ? Voici un bon exemple de deux poètes du même temps et du même milieu : Verlaine, qui ose associer dans ses vers les formes les plus familières et les termes les plus communs à la poétique assez artificieuse du Parnasse, et qui finit par écrire en pleine et même cynique impureté : et ceci, non sans bonheur; et Mallarmé qui se crée un langage presque entièrement sien par le choix raffiné des mots et par les tours singuliers qu’il invente ou développe, refusant à chaque instant la solution immédiate que lui souffle l’esprit de tous. Ce n’était point là autre chose que se défendre, jusque dans le détail et le fonctionnement élémentaire de la vie mentale, contre l’automatisme.
Variété III.

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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