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Ernest Hemingway, une vie comme un roman

19 mai 2009

Non classé

El Watan - Edition du 16 juin 2005
Pour qui vient la gloire

Ernest Hemingway, une vie comme un roman

Pour qui vient la gloire

Le 2 juillet 1961, la petite ville américaine de Ketchum, dans l’Idaho, était ébranlée par un drame peu anodin. Un homme, en cette radieuse journée d’été, venait de mettre fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête.

Le drame était peu anodin parce que le désespéré n’était pas n’importe qui. Ce n’était autre que le grand écrivain américain Ernest Hemingway, dont l’œuvre avait été consacrée, en 1954, par le prix Nobel de littérature. Mais la renommée du disparu dépassait les limites de l’Amérique. Le monde entier était sous le choc, car Ernest Hemingway était admiré partout et cette mort brutale ne pouvait pas trouver de justification, même si on savait l’écrivain miné par de sérieux problèmes de santé. En outre, sa mort survenait quelques semaines à peine après celle de Gary Cooper, le 13 mai 1961. Une terrible coïncidence, car les deux hommes avaient à peu près le même âge. Ernest Hemingway est né le 21 juillet 1899 à Oak Park, dans l’Illinois, alors que Gary Cooper, le cow boy légendaire d’Hollywood, avait vu le jour le 5 mai 1901. Etait-ce un signe du destin ? Les deux hommes étaient morts le même mois de leur naissance. Ils se connaissaient depuis de nombreuses années déjà car Gary Cooper avait été la vedette, en L’Adieu aux armes (A farewell to Arms), adapté par Frank Borzage du chef-d’œuvre du même titre d’Ernest Hemingway. L’écrivain, dans ce roman écrit en 1929, avait raconté sa vie. Hemingway avait servi durant la Première Guerre mondiale sur le front italien. Engagé comme ambulancier, alors qu’il n’avait pas encore 20 ans, il fut blessé durant une violente bataille. Au cours de son hospitalisation, il rencontrera l’amour pour la première fois de sa vie. Frederick Henry, le héros de L’Adieu aux armes, n’était en fait qu’une transposition d’Ernest Hemingway. Mais l’écrivain n’en était pas à son premier essai dans la littérature. Il avait déjà trois romans à son actif, dont le sublime Le Soleil se lève paru aussi en 1926. Ernest Hemingway, encore adolescent, avait été saisi par la passion de l’écriture, et il avait fait ses premières armes dans le journalisme, reporter en herbe déjà doué du don de l’investigation. A cette période de sa vie, la scène littéraire américaine était dominée par le flamboyant Scott Fitzgerald entré dans la postérité avec Gatsby le magnifique. Hemingway était alors un anonyme entre les anonymes et son ambition littéraire ne pouvait pas se suffire à elle-même. La guerre était arrivée et le jeune Hemingway avait du surseoir à ses rêves grandioses en s’engageant dans le grand conflit militaire en Europe. Mais a priori, il n’était pas prédestiné à la gloire, dont pouvait se parer un Scott Fitzgerald. Hemingway ne venait pas de la bonne société américaine. Il était né dans une famille plutôt attachée aux plaisirs bien peu mondains. Le père d’Hemingway, docteur en médecine, était surtout connu comme adepte de la pêche et accessoirement de la chasse. Il aimait plus que tout au monde l’appel du large ou les intrusions tumultueuses dans les sous bois giboyeux. Le docteur Hemingway ressemblait à tout, sauf à un rat de bibliothèque. C’est de lui qu’Ernest Hemingway a hérité très certainement ce goût immodéré pour la pêche. peut-être s’était-il décrit lui-même autant qu’il avait décrit son père dans Le vieil homme et la mer si admirablement porté à l’écran par John Sturgess, le réalisateur du remarquable Règlement de comptes à OK Corral. Le vieil homme et la mer avait été publié en 1952 et dans le film de John Sturgess, Spencer Tracy paraissait être un personnage d’Homère tant il était empreint de cette sérénité que le lecteur de l’Illiade de l’Odyssée croyait avoir trouvé chez Ulysse dans son combat contre la nature féroce et hostile. Le Vieil homme et la mer a des accents de tragédie grecque et le roman confirme bien l’inspiration formidable qu’Ernest Hemingway a puisé des enseignements de la vie. Il est déjà, à ce moment-là, un homme atteint par l’épuisement de devoir exister. En 1954, lorsqu’il reçoit le prix Nobel de littérature, Hemingway n’a plus rien de commun avec le jeune démobilisé qui, dans le Paris des années 1920, rêvait de triomphe littéraire. Dans la capitale française, il était devenu un proche de Gertrude Stein, dont la polyvalence faisait déjà autorité dans la littérature, mais aussi – par un caprice du hasard – l’ami de son célèbre compatriote Scott Fitzgerald. Ce dernier, d’abord complaisant, avait fini par regarder avec une méfiance jalouse cet apprenti écrivain qui cherchait à séduire la notoriété. Efficacement entouré, dans ce Paris intellectuel, Hemingway se devait de faire la démonstration de son talent. Et il n’en manquait pas car, de 1925 – date de sortie de son premier ouvrage De nos jours -, jusqu’à la fin de sa vie, il ne cessera d’écrire. Sans renoncer par ailleurs à cet engagement vers lequel le portaient ses idées progressistes. Après L’Adieu aux armes, Ernest Hemingway écrit Mort dans l’après-midi (1932), Le Gagnant ne gagne rien, (1933), Les Vertes Collines de l’Afrique, (1935) et le shakespearien En avoir ou pas, (1937). Il y eut la guerre d’Espagne dans laquelle Ernest Hemingway s’était impliqué, car il se définissait comme un ami du genre humain et, naturellement, donc des Républicains contre les fascistes. Il écrira Pour qui sonne le glas (1940) qui est l’une de ses œuvres impérissables. Mais sa vie personnelle est marquée par les épreuves. Cet homme au caractère généreux mais indomptable est brisé par le suicide de son père. Il y avait toujours eu entre eux cette complicité qui faisait plus penser à des amis qu’à un père et un fils. Le docteur Hemingway s’était accompli en vivant sans retenue sa vie d’écologiste avant l’heure dans la tradition des passionnés de la nature. Ernest Hemingway était aussi, à sa manière, un fils prodige qui partageait avec son père l’amour de la liberté. Les deux Hemingway se ressemblaient à un point presque tragique qui se confirmera le jour où, comme son père, Ernest choisira de mettre fin à ses jours. C’était d’une certaine manière un être tourmenté que cet Ernest Hemingway, jamais satisfait de la gloire que procure la consécration littéraire et qui trouvera vain même le fait d’être l’égal d’un Scott Fitzgerald, voire même de l’avoir dépassé. D’où l’importance qui est celle de son roman Le vieil homme et la mer dans sa vie personnelle et dans son œuvre. La cinquantaine atteinte, Hemingway n’est plus le même homme : ce bourlingueur qu’aurait aimé décrire un Blaise Cebdrars, son contemporain quelquefois côtoyé, a rompu avec les attaches de la vie. Il change de pays, il change aussi de femme, lui qui a multiplié les mariages ratés. Cuba où il avait cru trouver refuge dans les années 1950 ne parvient pas à apaiser la blessure secrète qu’il porte en lui. Le monde n’est pas assez grand pour cautériser la plaie que seul lui connaît. C’est celle béante, douloureuse, du renoncement. Hemingway le lutteur, le bagarreur, a pris un coup de vieux aussi violent qu’un coup de massue sur la tête. Les ravages de l’alcool peut-être, mais aussi cette fêlure intérieure née dans son corps fatigué d’avoir couru après le bonheur sans avoir pu le rattraper. A quoi pense l’écrivain dans ces années de silence où il ne donne plus signe de vie ? A ses compagnes, celles dont les visages sont présents dans son esprit ; à Elizabeth Hadley Richardson, à Pauline Pfeiffer, à Martha Gellhorn, qui furent ses épouses légitimes, ou à Mary Gallois qui accompagne les ultimes instants de sa vie ? Ou bien encore à cette mère frustrée : il n’a pas été la fille qu’elle souhaitait ? Mais il croyait peut-être qu’il avait fait ce qu’il devait faire en tant qu’homme et écrivain et que l’un dans l’autre la part de l’échec était compensée par celle plus utile aux hommes de la réussite. Au soir de sa vie, Ernest Hemingway pouvait en effet avoir la certitude que son œuvre littéraire était un message humaniste. Qu’aurait-il pu y ajouter qui ne fasse pas l’effet d’une pièce rapportée ? Et les lecteurs d’Ernest Hemingway ne pouvaient – et ne peuvent encore – que reconnaître ce puissant élan humaniste de l’écrivain si tourné vers les opprimés, si révolté par l’injustice. Le globe-trotter fatigué a décidé de revenir au bercail et de s’installer une dernière fois en Amérique. Il choisit la petite ville de Ketchum pour y accomplir l’ultime voyage lui qui savait que l’éternité qui lui convenait était celle des livres que ses innombrables lecteurs ont lu ou reliront sans que sa présence soit nécessaire pour forcer leur conviction. Ernest Hemingway est parti en se disant qu’il avait laissé, avec Les Neiges du Kilimandjaro, en héritage, à tous ses semblables, le bonheur partagé de la lecture. Cela vaut aussi pour toutes ses œuvres, tant il est vrai que dans la littérature d’Ernest Hemingway, il n’y a rien à jeter.

Par Djamel Eddine Merdaci

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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