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Loin de Nedjma : au nom de l’ absente

16 avril 2009

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Premiers poèmes : une double perte

Les deux premiers poèmes qui nomment Nedjma désignent une parole poétique qui s’ inscrit au lieu de la perte de la langue maternelle et dans la nostalgie du diwan tout puissant.

Loin de Nedjma : au nom de l’ absente

Tour à tour objet de la quête amoureuse et interlocutrice idéale, Nedjma, au fronton de cette pièce archéologique, déploie sa pleine envergure de figure poétique. A la croisée des langues et des imaginaires, elle acquiert une épaisseur sémantique telle qu’elle animera la fonction symbolique toute entière d’une écriture qui, à son endroit, échappe à l’ ipséité farouche des premiers Soliloques, comme plus tard au « roman du colonisé » se libérant ainsi des contraintes liées aux circonstances même de la prise de parole qui avaient entravé ses prédécesseurs.

Le nom de l’ héroïne muette dissémine dans le corps du texte les valences de son sémantisme, qui puise dans les deux langues (arabe et français). Dans la langue maternelle il désigne tout à la fois la mère Arabie (Nejd) et l’ étoile: l’ enracinement originel et le symbole nationaliste, idéal au firmament de la nuit coloniale. Polysémique en arabe, il est signifiant vide dans la langue-cible où il éveille cependant, par le jeu des assonances, le souvenir d’héroïnes romanesques, notamment Nadja qui marque en creux le texte de son étrangeté. Invoquée, Nedjma apparaît à la troisième personne, celle de l’ absente de la grammaire arabe et de la complainte andalouse, spectre d’une entité antérieure. Trépassée, dépassée, condamnée dans son archaïsme par ses semblables mêmes (« ses soeurs ne veulent pas qu’elle rajeunisse », fatalement destinées elles aussi à subir un sort identique) elle réactive une perte symbolique primordiale, mémoire blessée par une séparation radicale, expulsion d’un territoire maternel désormais interdit sur lequel se modèle la nostalgie d’une vie paradisiaque dans l’ entre soi.

Au commencement était… la mort : redondante dans les premiers vers, celle-ci fait entendre d’abord son écho funèbre. « La mémorable » qui désigne la disparue anagrammise la mort et la mère conjointement réunies dans le même souvenir. Cette empreinte indélébile d’une disparition élémentaire gravée aux marches du poème en langue française, s’ étend aux dimensions du gynécée originel (les soeurs) et interdit du même coup tout recours à une parole originelle génératrice d’une reconnaissance de soi, contrecarre toute identification du sujet poétique au père et à sa loi (V.11/17 : « Elle est morte/ La mémorable/ Ses soeurs/ Ne veulent pas qu’elle rajeunisse/ Hélas elles sont nombreuses/ Et toutes/ Elles mourront »).

Le langage poétique se fonde, ici, sur le deuil des femmes de la cellule primitive régie par des rapports incestueux, et s’ adultère dans le verbe étranger. Cette liquidation assimile le geste d’écriture au meurtre de soi (plusieurs occurrences du mot « suicide » dans ce premier poème Loin de Nedjma) et engendre une culpabilité par laquelle la rupture subie, l’ exil dans la langue, sont assumés comme sanction, subsumés par l’ écriture poétique comme sacrifice rédemptionnel. Cependant, désertant tout lieu assigné, Nedjma voyage, corps sans sépulture qui aliène le sujet, l’ exile loin d’un centre toujours mobile. Excentré, déplacé (V.26/27 : « Qui fausse le rayon/ Qui nous exile du centre ? ») le sujet de l’ énonciation, qui tente de cerner avec les mots des autres ce lieu du manque, dessine une blessure béante où s’ éprouve la conscience tragique d’une disparition : la sienne, dans la langue maternelle. Ce qui le condamne, nomade fantômatique, à errer sans repos, à la recherche d’un espace où se représenter sans se perdre.

Force perturbatrice, celle qui introduit l’ errance (V.6/7 : « Elle est morte/ Elle voyage ») et sème le doute, mine désormais toute cohésion symbolique. Signe de la contradiction interne, Nedjma n’en a que plus de pouvoir: détruisant l’ unicité et l’ authenticité primitives elle détient du même coup l’ identité du sujet et elle devient figure qui, aimantant les aspirations à la ré-unification – fût-ce dans l’ Autre – se fait problématique.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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