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Traduction du poème « Haizia ».

14 février 2009

1.POESIE

 

 

Samedi 14 Février 2009 18h26mn 32s

alia mostefaoui a écrit:
Traduction de l’extrait précédent du poème « Haizia ». Traduction de C. Sonneck (1902)

 » Amis, consolez-moi; je viens de perdre la
reine des belles. Elle repose sous terre.
Un feu ardent brûle en moi !
Ma souffrance est extrême. Mon coeur s’en
est allé, avec la svelte Hiziya.
hélas ! Plus jamais je ne jouirai de sa


compagnie. Finis les doux moments,
où, comme au printemps, les fleurs des
prairies, nous étions heureux.
Que la vie avait pour nous de douceurs !
telle une ombre, la jeune gazelle a
disparu, en dépit de moi !
Lorsqu’elle marchait, droit devant elle, ma
bien-aimée était admirée par tous.
Telle le bey du camp qui s’avance un
cimeterre à la ceinture.
Entouré de soldats et suivi de cavaliers qui
sont venus à sa rencontre, pour lui
remettre chacun un présent;
Armé d’un sabre d’Inde, il lui suffit de
faire un geste de la main, pour
partager une barre de fer, ou fendre
un roc.
Il a tué un grand nombre d’hommes,
ennemis du bien. Orgueilleux et
superbe, il s’avance fièrement.
C’est assez glorifier le bey ! Dis-nous,
chanteur, dans une nouvelle chanson
les louanges de la fille d’Ahmad ben
al-Bey.

Amis, consolez-moi; je viens de perdre la
reine des belles. Elle repose sous terre.
Un feu ardent brûle en moi !
Ma souffrance est extrême. Mon coeur s’en
est allé, avec la svelte Hiziya.

Lorsqu’elle laisse flotter sa chevelure, un
suave parfum s’en dégage. Ses
sourcils forment deux arcs bien
dessinés, telle la lettre noun, tracée
dans un message.
Ton oeil ravit les coeurs, telle une balle de
fusil européen, qui aux mains des
guerriers, atteint sûrement le but.
Ta joue est la rose épanouie du matin, et
le brillant oeillet; le sang qui l’arrose
lui donne l’éclat du soleil.
tes dents ont la blancheur de l’ivoire, et,
dans ta bouche étincelante, la salive
a la douceur du lait des brebis ou du
miel qu’apprécient tant les gourmets.
Admire ce cou plus blanc que le coeur du
palmier. C’est un étui de cristal,
entouré de colliers d’or.
Ta poitrine est de marbre; il s’y trouve
deux jumeaux, que mes mains ont
caressés, semblables aux belles
pommes qu’on offre aux malades.
Ton corps a la blancheur et le poli du
papier, du coton ou de la fine toile de
lin, ou encore de la neige, tombant
par une nuit obscure.
Hiziya a la taille fine; sa ceinture, penche
de côté, et ses tortis entremêlés
retombent sur son flanc repli par
repli.
Contemple ses chevilles; chacune est
jalouse de la beauté de l’autre;
lorsqu’elles se querellent elles font
entendre le cliquetis de leurs
khelkhals, surmontant les
brodequins. »

Quand nous campions à Bazer*, je me
rendais auprès d’elle le matin; alors
nous goûtions les joies de ce monde.
je saluais la gazelle; j’observais les
présages; heureux comme un homme
fortuné, possédant les trésors de
l’univers.
La richesse n’avait pour moi aucune
valeur, comparée au tintement des
khelkhals de Hiziya, quand je
franchissais les collines pour aller la
rencontrer.
Lorsqu’au milieu des prairies, elle
balançait son corps avec grâce, et
faisait résonner son khelkhal, ma
raison s’égarait; un trouble profond
envahissait mon coeur et mes sens.

Après avoir passé l’été dans le Tell, nous
redescendîmes vers le Sahara, ma
belle et moi.
Les litières étaient fermées; la poudre
retentissait; mon cheval gris
m’entraînait vers Hiziya.
Ils ont conduit les palanquins des belles, et
ont campé à Azel, face à Sidi
Lahcen et à Zerga.
Ils se sont dirigés vers Sidi Said vers al-
Matkaouak, puis sont arrivés le soir
à M’Doukal.
Ils sont repartis de bon matin, au lever de
la brise, vers Sidi Mohammed,
ornement de cette paisible contrée.
De là, ils ont conduit les litières à
al-Makhraf. Mon cheval, tel un aigle,
m’emporte dans les airs,
en direction de Ben Seghir, avec la belle
aux bras tatoués.
Après avoir traversé l’Oued, ils sont passés
par Al Hanya. Ils ont dressé leurs
tentes à Rous at-Toual, près du désert.
L’étape suivante mène à Ben Djellal.
De là, ils se sont dirigés vers El Besbes, puis
vers El-Herimek, avec ma bien-aimée
Hiziya.
A combien de réjouissances avons-nous
pris part ! Mon cheval gris,
disparaissait presque dans l’arène,
(derrière un rideau de poussière); on
aurait dit un fantôme.
Ma belle était grande comme la hampe
d’un étendard; ses dents, lorsqu’elle
souriait, formaient une rangée de
perles; elle parlait par allusions, me
faisant ainsi comprendre (ce qu’elle
voulait dire).
La fille de Hmida brillait, telle l’étoile du
matin; elle éclipsait ses compagnes,
semblable à un palmier qui seul,
dans le jardin, se tient debout, grand
et droit.
Le vent l’a déraciné, il l’a arraché en un
clin d’oeil. Je ne m’attendais pas à
voir tomber ce bel arbre; je pensais
qu’il était bien protégé.
mais j’ignorais que Dieu, souverainement
bon, allait la rappeler à Lui. Le
Seigneur a abattu (ce bel arbre).

* Vaste plaine au sud-est de Sétif où les nomades du sud venaient faire paître leurs troupeaux en été.
je reprends mon récit. Nous avons campé
ensemble sur l’Oued Ithel; c’est là que
la reine des jouvencelles me dit
adieu. C’est cette nuit-là qu’elle passa
de vie à trépas; c’est là que la belle
aux yeux noirs quitta ce monde.
Elle se tenait serrée contre ma poitrine,
lorsqu’elle rendit l’âme. Les larmes
remplirent mes yeux, et s’écoulaient
sur mes joues.
Je pensais devenir fou, et me mis à errer
dans la campagne, parcourant tous
les ravins des montagnes et des
collines.
Elle a ravi mon esprit et enflammé mon
coeur la belle aux yeux noirs, issue
d’une race illustre.
On l’enveloppa d’un linceul, la fille de
notable; ce spectacle a augmenté ma
fièvre, et ébranlé mon cerveau.
On la mit dans un cercueil, la belle aux
magnifiques pendants d’oreilles. Je
demeurais stupide, ne comprenant
pas ce qui m’arrivait.
On l’emporta dans un palanquin, embelli
par des ornements, la belle, cause de
mes chagrins, qui était grande telle la
hampe d’un étendard.
Sa litière était ornée de broderies
bigarrées, scintillantes comme les
étoiles, et colorées comme un arc-en-
ciel, au milieu des nuages, quand
vient le soir.
Elle était tendue de soie et tapissée de
brocart. Et moi, comme un enfant, je
pleurais la mort de la belle Hiziya.
Que de tourments j’ai endurés pour
celle dont le profil était si pur ! Je ne
pourrai plus vivre sans elle. Elle est
morte du trépas des martyrs, la belle
aux paupières teintées d’antimoine !
On l’emporta vers un pays nommé
Sidi Khaled.
Elle se trouva la nuit sous les dalles du
sépulcre, celle dont les bras étaient
ornés de tatouages; mes yeux ne
devraient plus revoir la belle aux yeux
de gazelle.
Ô fossoyeur ! ménage l’antilope du désert;
ne laisse point tomber de pierres, sur
la belle Hiziya ! Je t’en adjure, par le
livre saint, ne fais point tomber de
terre sur celle qui brille comme un
miroir. S’il fallait la disputer à des
rivaux, je fondrais résolument sur
trois troupes de guerriers.
Je l’enlèverais par la force des armes aux
ennemis. Dussé-je le jurer par la tête
de la belle aux yeux noirs, je ne
compterais pas mes adversaires,
fussent-ils au nombre de cent.
Si elle devait rester au plus fort, je jure
que nul ne pourrait me la ravir;
j’attaquerais, au nom de Hiziya, une
armée entière.
Si elle devait être le trophée d’un combat,
vous entendriez le récit de mes
exploits; je l’enlèverais de haute lutte,
devant témoins.
S’il fallait la mériter au cours de rencontres
tumultueuses, je combattrais durant
des années, pour elle.
Je la conquerrais au prix de persévérants
efforts, car je suis un cavalier
intrépide.
Mais puisque telle est la volonté de Dieu,
maître des mondes, je ne puis
détourner de moi cette calamité.
Patience ! Patience ! J’attends le moment
de te rejoindre : je pense à toi, ma
bien-aimée, à toi seule !
Amis, mon cheval me fendait le coeur,
lorsqu’il s’élançait en avant (attristé
par la perte de Hiziya).
Après la mort de ma bien-aimée, il s’en est
allé, et m’a quitté.
Mon cheval était plus rapide que tous les
autres chevaux du pays; dans les
échauffourées, on le voyait en tête du
peloton.
Quels prodiges n’accomplissait-il pas sur le
champ de bataille !
Il se montrait au premier rang. Sa mère
descendait du fameux Rakby*.
Combien il excellait dans les joutes entre
les douars, à la suite de la tribu en
marche; je tournoyais avec lui
insouciant de ma destinée ! Un mois
plus tard, il m’avait quitté; trente
jours après Hiziya.
Cette noble bête mourut; le voilà au fonds
d’un précipice; il ne survécut pas à
ma bien-aimée. Tous deux sont partis
pour toujours.
Les rênes de mon cheval gris sont tombés
de mes mains.
Ô Douleur ! Dieu, en les rappelant à lui,
m’a enlevé toute raison de vivre.
Mon âme est près de s’éteindre, après leur
cruelle perte.

* Nom d’un étalon célèbre ramené du Maroc par Si Ahmed Tidjani

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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