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Qui lit quoi en Algérie ?

27 janvier 2009

LITTERATURE

Qui lit quoi en Algérie ?

De Rachid Mokhtari

                          

                   Si l’on décompte les publications de fiction en Algérie pendant la décennie 1990, le bilan avoisine le néant : Depuis 2000, une cinquantaine a peut-être paru. Le chiffre est dérisoire par rapport à la population d’environ 35 millions d’habitants. Une vraie question se pose alors : quel sens cela a-t-il de publier de la fiction ? La fiction est un recours vital : elle permet à l’imaginaire, cette salutaire et indispensable  flânerie de l’esprit de se déployer, elle offre cette possibilité unique de voir le monde autrement. Mais pour la très large majorité des citoyens, elle ne

représente rien. D’ailleurs, qui lit et quoi ? Quel est le statut de la fiction, du roman, de l’œuvre d’art en général ? Comment les gens nourrissent-ils leur imaginaire ? Ces questions restent béantes, qui devraient, sans trêve, occuper les chercheurs.

                   En définitive, la vraie question est bien celle-là : comment amener à lire, amener quelqu’un à tenir un roman entre les mains, tout simplement. En France, pour ne citer que ce pays, dans n’importe quel moyen de transport en commun (métro, train, autobus), chaque voyageur tient à la main qui un roman, qui une revue, qui un journal…

                 En Algérie si on le fait, on est considéré  comme un extra-terrestre.

On ne peut raisonnablement réfléchir sur le roman contemporain en Algérie sans tout de suite faire la critique du système de production du livre, et invoquer sa crise ou son essor devient secondaire.

L’éditeur a normalement, un rôle assez strictement défini. Il est maître d’œuvre dans l’élaboration du fait littéraire de son pays. Mais ici, l’actualité littéraire est insignifiante, en termes aussi bien quantitatif que qualitatif. Ainsi, aucune réflexion sérieuse, jusque-là, été menée sur des enjeux littéraires décisifs. Par exemple : comment, par le biais de littérature, rendre compte de l’horreur de ces dernières années ; comment le faire sans nécessairement « politiser » la fiction ; une nouvelle génération d’écrivains n’émerge-t-elle pas qui, libérée, ne se sent plus obligée d’assigner à ses textes littéraires une fonction sociale ou politique ; le témoignage peut-il aussi, au-delà du récit de l’expérience individuelle, prendre le détour de la fiction et accéder au statut de texte littéraire ; la dérision et l’absurde ne s’imposent-ils pas ? Autant de questions qui, objets de débat, replaceraient la littérature au cœur des préoccupations de la collectivité.

                     Précisément, comment ne pas réfléchir à ce que l’on a dénommé hâtivement « le roman de l’urgence » ? Comment ne pas voir qu’il ne peut exister de roman quel qui soit sans un marché porteur économiquement ? il faut bien se dire que la question devient alors, non pas ce qu’est ou n’est pas un roman, mais qui l’édite et pour qui ? Si nous voulons évaluer les choses à leur valeur, mieux vaut prendre du recul et introduire des critères de jugement pertinents plutôt que de se lancer dans une interprétation à courte vue. Le « roman de l’urgence » n’est rien d’autre que réponse à une demande : au cœur de la tourmente algérienne, vers 1993-94, il est apparu qu’il fallait selon le bon mot « témoigner de l’horreur ». Or, très vite ce sont les maisons d’édition françaises (parisiennes) qui se sont engouffrées dans cette brèche suscitant un engouement factice pour une pauvre littérature, tout en étant « vendable », pour peu qu’elle contienne le minimum syndical d’effroi et de violence intégriste, seuls à même de susciter l’adhésion du public.

                        Que l’on s’entende bien : il ne s’agit pas de minorer la part morale et la faculté d’indignation citoyenne de la littérature ou encore de renoncer aux puissances tutélaires du roman. Simplement, si nous convenons que l’écrivain se doit d’intervenir dans les débats qui secouent la société dans laquelle il vit, au risque de sa vie, il se doit aussi et c’est le contrat moral qui les lie de proposer une alternative forte en termes de création. En définitive, ce qui le différencie du simple citoyen, c’est non pas le fait qu’il rende publique sa parole, mais la dimension proprement magique qu’il donne à son œuvre ; en un mot, c’est de « l’art et la manière » dont il s’agit.

 

                     Nous nous interrogeons à présent sur la crise du roman et en relation avec la crise d’une société. Il ne sert à rien de spéculer sur un objet qui n’existe pas. Nous commencerons à parler sur le roman des années 1990 et 2000 lorsqu’il existera un marché, c’est à dire un univers éditorial cohérent, constitué qui inclut toute la chaîne du livre. Et pourquoi ne pas commencer par faire l’inventaire d’une période que l’on a cru glorieuse ? Alors que l’on édite aujourd’hui des romans à 1000 exemplaires, il faudrait revenir à cette époque heureuse où le moindre auteur était publié à 5000, voire 10000 exemplaires dans les sociétés d’édition étatiques (Sned, Enal, Enap…), distribué dans toutes les librairies… d’Etat, présentes dans toutes les wilayates du pays, vendu à des prix d’Etat, car le prix du livre était soutenu au même titre que les produits de consommation dits de première nécessité. Que reste-t-il de toute cette production ? Combien de titres édités (500, 2000… ?) et sur quel critère ? Qui a lu tous ces livres ? Quelle littérature, quel art du roman spécifiquement algérien cela a-t-il donné naissance ? Peut-on parler d’un génie algérien comme l’on parle du « réalisme magique » sud-américain ? Quels sont les auteurs qui ont réellement émergé ? En vérité, ils se comptent sur les doigts de la main et doivent plus leur carrière à l’édition parisienne (les exemples foisonnent : Yasmina Khadra, Boualem Sansal ou encore Karim Amellal) qu’à la force du livre algérien. Au dernier salon du livre de Paris 24 maisons d’édition privées (ainsi que des éditions étatiques) étaient présentes. Une rencontre autour des écritures d’Algérie y a été animée avec l’essayiste Rachid Mokhtari auteur du « Nouveau souffle du roman algérien ». Tous les éditeurs présents étaient unanimes pour dire : « Il faut d’abord être publié en France pour être ensuite connu en Algérie »…

                La seule manifestation digne de ce nom qui rappelle qu’en Algérie on s’intéresse au livre, à l’édition est le salon international du livre (SILA) qui se déroule une fois l’an à la Safex (« la foire » comme continuent de l’appeler les habitués… ou Société Algérienne des Foires etExpositions).

                C’est dans ce même lieu que sont organisées toutes les autres foires ou salons (salon de l’automobile, salon de la production nationale, foire internationale où exposent toutes les sociétés et entreprises internationales et nationales les produits de consommation). Le SILA (Salon International du Livre d’Alger) c’est aussi la … foire du livre.

 

 

          Par ailleurs l’écrivain n’a pas de statut en Algérie. Aucun ne vit de sa plume, alors qu’ailleurs il peut maintenir une cohérence dans ses activités (le journalisme, par exemple, ne l’éloigne pas radicalement de l’écriture). Autre fait symptomatique : il n’y a pas de prix littéraire qui, en plus de la reconnaissance symbolique, l’activité littéraire, fondamentalement, ne suscite pas de respect, il est légitime alors que l’écrivain se tourne vers l’édition étrangère et aspire à la consécration… parisienne ou du Caire pour ceux qui publient en arabe.

                 Cette disqualification de l’écrivain dans notre société, en tous points semblable à celle de l’artiste, l’enferme dans un cercle vicieux, marginalisé, il sacralise son propre génie. En bute à une critique (médiatique) le plus souvent non professionnelle, destructive, dominée par les jugements de valeur plutôt que par un souci pédagogique, il ne peut créer qu’en évacuant le doute. Mais alors, crispé sur son individualité, il peut perdre de sa rigueur, de son humilité. N’ayant pas de statut, il n’a que lui-même comme vis-à-vis. Face-à-face effrayant, pathétique, stérile à terme. Et son désarroi peut être immense si, malgré tout, il prend le risque d’affronter l’appréciation de l’autre. Souvent par exemple, l’auteur ne comprend pas le rituel de sélection, encore moins les arguments qui motivent le rejet de son manuscrit. Pour certains, il est proprement inconcevable que celui-ci ne soit pas retenu. Car, raidi sur lui-même et son isolement, celui qui écrit, celui qui crée, ne sait plus ou pas les règles du jeu. Celles qui, dans les pays à tradition artistique, régissent les marchés de l’édition, de la peinture…

            

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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