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Artiste aux cerises et grenades

6 septembre 2008

Non classé

tableaudinspirationitalienne.jpgDjaffar Benmesbah  

Artiste aux cerises et grenades

lundi 16 juin 2008, par Kader Rabia

C’est quoi au juste le secret d’un tableau ?

             C’est rencontrer subitement les couleurs fanées des vieilles poteries de l’Atlas.


Humer les senteurs lointaines restées intactes malgré le voyage inconfortable.
Mettre le doigt et l’œil sur les traits de la Joconde sans la perturber. Découvrir le désordre des choses amorti par les touches asymétriques du pinceau. Deviner la nonchalance de l’artiste sans s’approcher de la toile. Dire ouf ! On ose enfin du blanc sur le noir. De l’eau sur de l’huile. Marcher sur un triangle isocèle pour retrouver le centre du cercle imprévisible. Frapper à la porte et voir s’ouvrir mille fenêtres. Interroger la nuance qui provoque le regard oblique du visiteur d’à côté. Eclater de joie avec retenue devant l’envol des couleurs célestes. Résister à l’envie de caresser les cheveux de la sirène. Tourner en rond dans le but de cerner les souffrances cachées derrière le bleu. Oublier le catalogue parce qu’il y a trop de choses à démêler. Se tenir prêt à ne pas comprendre le pourquoi du comment ni le comment ca se fait

               Vous êtes en face d’un artisan méticuleux de la culture, un accompagnateur vigilant du mouvement social : Djaffar Benmesbah. Un rescapé du groupe « Debza ». Un intello pris au pièges tendus aux voyous. Un artiste qui peint comme il parle Un disciple de Kateb, d’Issiakhem et de lui même. Une sorte d’ovni maître de sa trajectoire. Un algérois de la rue Tanger qui rêve de l’extension de sa Casbah et de sa Kabylie jusqu’aux limites de l’impossible. Ce pourquoi il peint pour poser des questions.

Alors c’est quoi au juste un tableau ?

             Faire demi tour jusqu’au premier tableau et noter un détail. Plonger le regard dans les traces laissées par l’outil et saisir l’astuce capable d’assurer le recyclage des chemins oubliés par la certitude des malfaisants. Lire l’hésitation dans les yeux brillants d’un enfant qui apprend à lire. Comprendre à l’endroit ce qui est conçu à l’envers. Se faire surprendre par un nu décidé à sortir de la toile.

Saliver de plaisir devant une nature morte fuyante. Découvrir sous les branches calcinées les marques d’un signe Tifinagh. Reculer pour mieux discerner les intentions de la lumière. Reprendre son souffle à l’ombre d’une forme abstraite.

Discuter avec soi même en évitant le regard croisé des couleurs. Frémir devant le jaillissement de l’écume au creux de la vague.

Tout cela se lit ou se devine dans les tableaux de Djaffar Benmesbah. Un foisonnement de couleurs et de questionnements que l’artiste balance comme une urgence, comme des révélations pesantes qu’il ne saurait garder pour lui seul. Cet homme pressé est né pour être peintre. Il est devenu journaliste par nécessité. Cinéaste par engagement. Puis écrivain par principe. Mais là où il intervient, il insiste à nous rappeler la totale fusion de son travail avec les angoisses et les joies qui l’entourent.

Et dans ce cas , c’est quoi au juste un tableau ?

C’est slalomer entre les lignes et saisir le regard percent du fauve. Avoir envie de chatouiller les étoiles de la robe kabyle. Compatir avec l’expression évasive de l’homme bleu. S’émerveiller devant un drapeau déterminé à aller jusqu’au bout. Sonder notre résistance face aux teintes rougeoyantes de l’abstrait. Soutenir l’envahissante lumière d’un simple portrait. Donner la main amicale à une calligraphie imprécise. Pousser les paravents et mettre à nu les secrets du sable. Offrir au citadin l’occasion de se perdre dans l’aleph du désert

L’artiste invite l’écrivain, l’installe dans un coin de la toile et éclate de rire Djaffar Benmesbah voit en la peinture un prolongement de ce qu’il a écrit, de ce qu’il écrira ou tout simplement une expression de ce qu’il n’a pas pu écrire L’ensemble de son œuvre picturale défile comme un chapelet de paragraphes disparates reliés par un seul fil : la manière de construire les songes.

Avec une palette très nourrie et un invraisemblable outillage, l’artiste investit ses tableaux, les assiège et les charge. La main est guidée par la hargne et le désir de se surmonter le temps de résumer le flots des sentiments submergeants, le temps d’attraper au vol le synopsis idéal des contours fuyants de nos sociétés bancales et de nos certitudes menacées.

Les sujets jonchent les trottoirs et les mémoires. Il y a qu’à se pencher. Seul compte la manière. L’homme c’est son style sinon l’artiste ne vaut rien. Et lorsque Djaffar Benmesbah ne trouve plus d’inspiration, il s’appuie sur ses semblables ( Guauguin, Modigliani, les Cobra…) ou son quotidien (des images de magazines, des photos d’anonymes, des cauchemars vécus et des rêves à venir). Faire feu de tout bois afin d’arriver indemne à la dernière retouche, léguer l’interrogation aux autres afin d’approcher un moment de repos…

Et reposer la question : c’est quoi au juste un tableau ?

C’est éprouver la nécessité de rendre hommage au génie. Peindre le regard comme on ne l’a jamais imaginé. Bousculer les normes du trait classique et les bornes de la censure morale. Installer le signe rebelle sur des rochers sentinelles de la honte. Caresser son modèle hésitant comme on divaguerait avec son personnage imparfait.

Qu’il écrive ou qu’il peint, Djaffar Benmesbah agit pour réveiller l’insouciance et titiller les mamelles de la naïveté humaine.. Son œuvre peint est à la hauteur de sa tchatche. Au risque de se mêler les pinceaux, il persiste à naviguer entre le possible et l’improbable, seule alternative à ses yeux, capable de niveler le passage pour ceux qui s’entêtent, mordicus, à s’approprier le sixième sens.

Pour finir, c’est quoi au juste un tableau ?

C’est le peu que vous arrivez à retenir d’un rêve, d’un cauchemar ou d’une souffrance. C’est un simple banc public dont vous vous servirez mais que jamais vous n’installerez dans vos demeures personnelles. C’est un ami intime qui vous tend la main sans vous révéler entièrement ses secrets. C’est tout ce que je n’ai pas pu révéler et que vous découvrirez de vous même à la grande joie de l’artiste.

Kader RABIA

Djaffar Benmesbah expose à l’ACB
37 bis, rue des Maronites. 75020. Paris.
Métro. Ménilmontant.

Vernissage le 6 juin 2008 à 19h00

Source :http://www.kabyles.net/Djaffar-Benmesbah-Artiste-aux,3879.html

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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