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La guerre dans la peau d’un enfant

26 août 2008

Non classé

La guerre dans la peau d’un enfant.

Par Belfedhal Said

                 La prime jeunesse a passé. Je me trouvais tout a fait incidemment au 1er 

Collège au milieu des petits français, parce que notre père portait sur l’instruction et la

connaissance ,grâce a l’appui d’un ami qui avait ses entrées un peu partout, nous en avait assuré la scolarité . Mais nos études furent interrompues en raison de divers déplacements liés a la situation du moment (1958-1959).mes deux frères et moi même allions nous retrouver, cantonnés à Nadhora (souk el roumia) ,une bourgade peuplée d’une centaine d’habitants , situés à l’est de Sougueur en allant sur Ain Dzarit ,une déviation en profondeur vers le sud nous fait quitter le goudron laissant place à une piste ennuyeuse et rocailleuse….au bout du périple , une éolienne surgit de ce site lunaire , sa roue en mouvement , nous remet enfin une empreinte de vie: un petit hameau s’y dévoile

violenté de vents pénétrants.           

Même aujourd’hui, les rares fois que j’ai l’occasion de prendre cette route, je me plais a méditer

du regard jusqu’à le perdre de vue ce détour indéfectible qui mène là-bas où le ciel et la terre se

touchent, vers les djebels, recollant en moi les ultimes fragments de mes beaux souvenirs d’enfant

qui prennent instantanément forme et taraudent mes pensées! Je n’y suis jamais retourné, mais je

revois encore notre maison et sa cour extérieure et en face une grande allée plantée d’arbres, une

aire propice a nos nombreux jeux.

                         Toute l’école à quelques mètres seulement de notre habitation, se réduisait à une seule et

même salle rassemblant une poignée d’élèves répartis en trois niveaux notre maître nous mettait en

rang puis deux par deux nous faisait rentrer en classe. Là, en ce lieu, le temps n’a plus la même

dimension ni aucune prise sur cet espace de bois, de livres et de cahiers. Le réel cède le pas au

fabuleux qui nous mène a travers un univers sans issue.

                Le tableau noir se bourre de mille mots séducteurs et souvent insaisissables. La voix du

maître rassurante, source autoritaire et savante fait rayonner dans nos esprits remplis d’incertitude

la lumière du savoir. Ici j’ai envie sous le sceau du secret de partager avec vous un vieil incident que

 j’ai traîné longtemps comme un boulet de canon mais n’en soufflez pas un mot! Entre parenthèses

c’est de vous a moi !

                    (j’étais le benjamin de mes frères et tous les trois , par la force des faits,nous nous trouvions

 au même rang ,monsieur ch…., notre maître d’école dut s’interroger sur ma présence au milieu de ces

 grands gaillards, mes deux frères s’empressèrent sans aucune réticence,à recommander au maître de

me recaler en classe préparatoire, et c’est ce qu’il fit en m’ordonnant de m’asseoir dans la rangée des

 débutants! Une simple manoeuvre et je dis adieu à deux années de mon pénible actif scolaire! Grâce

à eux, je me retrouvais don à la case de départ! Il serait inconvenant, moi le petit (tom le pouce) de faire partie de la cour des grands! Je devenais donc par ce décalage de niveau l’élève le plus âgé de ma rangée! C’était déjà ça!d’ailleurs, il en sera ainsi durant tous les cycles scolaires: le vétéran sinon l’un des plus vieux dans toutes les promotions que j’ai fréquentées

Notre vie s’écoulait paisiblement entre les jeux et l’école et si l’on avait demandé mon avis, j’aurais sans ambiguïté choisie de finir toute ma vie dans ce minuscule faubourg, enfui discrètement au milieu des monts de Goujila

La guerre était la, toujours présente même si on essayait de nous la cacher en nous entourant de milles attentions rassurantes. Sans doute parce que pour les parents, les enfants en principe non concernés, devaient en être épargnés ! Seulement, la guerre comme la mort est une grande faucheuse. Elle ne choisit pas, amblyope, ne discerne rien est pareille a une trombe, emporte tout ce qu’elle trouve sur son passage ! certains férus d’espace et de mégalomanie la décident et d’autres la font ! Ceux qu’on tue ne sont pas toujours forcément ceux qu’il faut tuer !la guerre n’entraîne pas uniquement la mort physique. Pire encore et bien avant, elle vous à déjà tué de l’intérieur, infectant votre conscience comme le ferait une opinion sélective

Elle brise dans son élan la joie qui vous emplit le cœur dés que vous rencontrez le regard candide d’un enfant étranger

Elle efface le sourire affable qui illumine habituellement votre visage quand vous côtoyez ce camarade dont vous commencez à peine à préciser la conversation. Elle suscite la peur et sème le doute chez ces petites âmes qui ne demandent qu’à vivre sans restrictions ni discriminations. Elle ensemence dans votre cœur les germes futurs de la haine et du mépris, vous endurcit et ranime en vous la bête primitive qui somnole. Vous apprenez avec le temps à devenir quelqu’un qui dévaste et ôte la vie, a violer ce qu’il y a de plus beau chez un enfant : son regard vierge et candide posé sur l’existence et sur le monde ! Sa curiosité et son besoin de « créer des liens ». Tous les enfants de la terre sont prédestinés à aimer la vie, à s’amuser sans démarcations et sans privations. a vivre en paix !a vivre leur enfance ! Que dire à notre époque de ses petits africains de treize ans, soldats engagés malgré eux dans un « combat adulte  » qui manipulent des armes fatales, très lourde à soutenir sur leur frêle carrure et sur leur molle conscience

Ces réflexions sur la guerre ramènent à mon esprit cette éloquente citation de jean Rostand: »on tue un homme, on est un assassin, on tue de milliers d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un dieu » les dieux de la guerre n’ont pas d’humanité la guerre est le pire cauchemar des enfants, leur bête noire .une endémie qui dissèque les familles, y sème la dissension et fabrique des veuves et des orphelins en série

La « culture de la guerre » c’est aussi ça …surtout ça : vous vous trouvez dans des situations extrêmes ou vous devez faire des choix pénibles !je mythifiais un peu trop la condition humaine

J’avais beau penser qu’à force de volonté l’Ange sur le Diable finirait par l’emporter seulement l’histoire des hommes m’enseigna que des civilisations entières se fondèrent par le sabre , à l’épée et sous les boulets de canons ! D’autre suivirent et périrent ensuite avec d’autres armes. Les croyances , les frontières,les nationalités ,les races,les cultures,le désir de s’octroyer l’espace enrégimentent des peuples entiers .mais aurait-on ,de part et d’autre ,le droit pour les faire prévaloir de tuer de millions d’hommes ?n’y aurait-il pas d’autres conduites dignes de pacifier les relations humaines ? La guerre est depuis la nuit des temps une machination qui décrète le monde! Elle fait peau neuve à longueur de siècles mais ses dessins n’ont pas chancelé d’un iota…

Je ne savais pas commencer me l’expliquer mais une bonne partie de ma prime scolarité s’affecta d’un personnage insolite que je découvris à la lecture de mon tout premier roman relatant l’histoire extraordinaire d’un pantin nommé « pinnochio ». Khaled qui raflait tous les livres en fin d’année l’avait reçu comme prix. Bien illustré et agréablement calligraphiée, l’aventure fantastique de cet « être de bois » m’avait vraiment marqué ! A certains moments, je ne parvenais plus à distinguer le tangible du fabuleux

Ce pantin se substituait à moi .mieux il était moi!tantôt, il me faisait de la peine, tantôt je le trouvais odieux et paresseux .on me disait si tu mentais, ton nez se rallongerait!et souvent dans ce cas de figure, j’examinais sans cesse les proéminences de mon nez

Je venais de contracter le complexe de « pinnochio »

Ce livre de cheval m’a permis d’appréhender certaines énigmes dans le comportement humain. a force de détermination et de constance on peut évoluer vers le bien .pinnochio est devenu au bout de son périple un joli garçon en chair et en os ,grâce a sa bonne conduite . Je me demandais en ce temps pourquoi les adultes qui m’entouraient – ces va-t-en guerre déjà bien en chair et en os ! Ne parvenaient ils eux a devenir de gentils hommes ? Pourquoi se tiraient-ils des balles alors qu’y avait de la place pour tout le monde sur la Terre de Dieu ?hélas, Pinocchio avec tout son bel enseignant n’avait pu mettre fin à la guerre et à la violence .il restait impuissant devant mon équation ontologique, devant mon effroi face a la hantise des êtres humains ! Ah;( et je me surprenais a le dire) si j’avais cette faculté de les convertir en pantins !je mettrais à contribution tout ce beau monde au sort de Pinocchio car j’étais persuadé que « devenir un homme de chair et de sang » se méritait

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “La guerre dans la peau d’un enfant”

  1. tahar belfedhal Dit :

    wallah, tu mérites d’etre un Grand écrivain……on veut voir ton livre à bientot..

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